# 34 // Richmond Park

Si vous passez par le Sud-Ouest de Londres et que vous avez un (long) moment à perdre, arrêtez-vous à Richmond Park.

Situé entre Richmond, Kingston, Wimbledon et Roehampton, c’est le plus vaste des parcs royaux de Londres et le deuxième plus grand parc de la capitale, après le Lee Valley Park. Avec ses 955 hectares entourés de murs, il est nettement plus grand que le bois de Boulogne (845 ha), mais moins que le bois de Vincennes (995 ha).

Dans la Balade # 22, nous avions évoqué le palais de Richmond et sa longue histoire royale. En plus de magnifiques jardins descendant vers la Tamise, le palais disposait d’un parc pour la chasse à proximité immédiate. Son souvenir est aujourd’hui conservé par le Old Deer Park, de l’autre côté de la voie de chemin de fer et de la Twickenham Road. En 1625, le roi Charles Ier installe la cour à Richmond, alors que Londres et Westminster sont touchés par la peste. Il ordonne alors d’aménager un nouveau parc pour la chasse aux daims sur la colline de Richmond. En 1637, le New Park de Richmond est entouré d’un mur d’environ 13 kilomètres de long, qui existe encore, même s’il a dû être reconstruit en maints endroits. Cette mesure est bien évidemment impopulaire parmi les habitants des hameaux voisins, mais le roi sait retourner l’opinion en accordant un droit de passage à quiconque souhaite se promener sur la colline. Quelques années plus tard, la monarchie est emportée par la Guerre civile et, pendant le Commonwealth, le parc de Richmond est confié à la Cité de Londres. Aujourd’hui, par beau temps, on jouit d’ailleurs d’une vue magnifique sur les immeubles modernes de la City depuis les hauteurs de Sawyer’s Hill (photographie de gauche).
Dès la Restauration, Richmond Park redevient une propriété de la Couronne. En 1730, un siècle après la création du parc par Charles Ier, son lointain descendant, Georges II, décide de s’y faire construire un somptueux pavillon de chasse, Stone Lodge, que l’on connait ensuite sous le nom de New Lodge, puis de White Lodge (photographie du milieu). Il est surtout utilisé par son épouse, la reine Caroline. A sa mort, en 1737, le pavillon passe à sir Robert Walpole, son grand ami, par ailleurs Premier ministre du Royaume-Uni de Grande-Bretagne. Son fils est alors le Ranger of Richmond Park. En 1751, à la mort de celui-ci, la princesse Amélie, fille de Georges II et de la reine Caroline prend sa succession et s’installe à White Lodge. Malgré la tradition, elle décide de fermer le domaine au public. Mais, en 1758, un brasseur local du nom de John Lewis porte plainte devant les tribunaux et la princesse est contrainte de rétablir le libre accès pour les promeneurs. White Lodge continue d’appartenir à la Couronne et, au fil des siècles, a été mis à la disposition de nombreuses personnalités, qu’il s’agisse de dirigeants politiques ou de membres de la famille royale. En 1955, la toute jeune reine Elisabeth l’attribue finalement à une institution artistique à laquelle elle est très attachée, la Sadler’s Wells Ballet School qui, l’année suivante, devient la Royal Ballet School.
En plus de White Lodge, le parc dispose de plusieurs autres pavillons. Construit en 1735 sous le nom de Cooper’s Lodge, ce que l’on connait aujourd’hui comme Holly Lodge est le centre administratif du parc et le siège de l’unité de la Metropolitain Police en charge des parcs royaux. Un peu plus loin, Pembroke Lodge, doit son nom à la bonne amie de Georges II, Elizabeth Herbert, comtesse de Pembroke et Montgomery, qui se voit attribuer le pavillon par son royal protecteur en 1787. Agrandi par sir John Soane (Bank of England), il renferme aujourd’hui un restaurant et dispose d’un parc de 4,5 hectares, incluant ce qui est sans doute un tumulus de l’ère néolithique, King Henry’s Mound, d’où l’on a une vue étonnante sur le dôme de la cathédrale Saint-Paul, située à 16 kilomètres de distance. Au XIXe siècle, Pembroke Lodge est attribuée au Premier ministre lord John Russell. Son petit-fils, le philosophe Bertrand Russell, y passe une partie de son enfance. Un autre pavillon, Thatched House Lodge, est plus ancien, construit dès 1673 et agrandi en 1727, peut-être par William Kent, et en 1771, par Soane. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le général Dwight D. Eisenhower y disposait d’un appartement et c’est depuis 1963 la résidence de la princesse Alexandra de Kent, cousine de la reine. D’ailleurs, pendant les deux guerres mondiales, certaines zones du parc ont servi de camps militaires. L’un d’eux a été transformé en village olympique pour les Jeux olympiques d’été de 1948. Le parc a également servi d’écrin à des compétitions de cyclisme lors de ceux de 2012.

Bien sûr, malgré ces quelques occupations humaines, Richmond Park reste avant tout un espace naturel où la faune et la flore peuvent s’épanouir, sous la protection du personnel des Royal Parks. Précisons d’ailleurs que le Crown Lands Act 1851 avait transféré la gestion des Parcs royaux de la Couronne au gouvernement. Ils ont ainsi dépendu du Department for Digital, Culture, Media and Sport, par l’intermédiaire d’une agence spécialisée, The Royal Parks Agency. Depuis 2017, c’est un organisme de charité, The Royal Parks, qui s’occupe de Richmond Park et des sept autres parcs royaux de Londres (Hyde Park, The Green Park, Greenwich Park, St James’s Park, The Regent’s Park, Bushy Park), mais aussi de Brompton Cemetery, de Victoria Tower Gardens ou des jardins des 10, 11 et 12 Downing Street.
En plus des grandes étendues de prairies et de forêts, on trouve une trentaine de lacs ou étangs. Les plus anciens datent du début du XVIIe siècle et servaient à drainer les terrains souvent inondés, à abreuver le gibier ou à élever des poissons pour les consommer. Le plus récent, le Attenborough Pond, a été inauguré en juillet 2014 par sir David Attenborough. Richmond Park dispose aussi d’un parc fermé et ainsi protégé des animaux, Isabella Plantation. Initié au début du XIXe siècle par Lord Sidmouth, un ancien Premier ministre, le jardin a été réaménagé après la Seconde Guerre mondiale et ouvert au public en 1953. C’est un jardin forestier, entretenu selon les règles de l’horticulture organique, chère au prince de Galles. Il faut noter qu’Isabella ne fait pas référence à une personne, mais à un ancien nom de couleur. Sur un plan de 1771, le lieu était en effet identifié comme un « isabel slade », c’est-à-dire une clairière au sol brun grisâtre.
En plus de nombreuses espèces végétales, Richmond Park est connu pour sa faune : des oiseaux, des insectes, des serpents, des grenouilles, des poissons, des lapins, des écureuils, mais surtout, les rois de Richmond Park (et la raison d’être du parc), des cervidés (photographie de droite). Tout au long de l’année et sur la plus grande partie du parc, on peut ainsi y croiser pas moins de 630 cervidés, essentiellement des daims européens (fallow deers) et des cerfs élaphes (red deer). Ils font la joie des promeneurs, mais engendrent aussi quelques amendes, puisque la réglementation les concernant est très stricte, surtout en période de reproduction (septembre-novembre) et au moment des naissance (mai-juillet) : il est strictement interdit de les approcher à moins de 50 mètres, et donc de les toucher ou de les nourrir. Il peut être utile de rappeler que les daims sont des animaux sauvages, qui peuvent être dangereux, et ils ne sont pas des « personnages de Disney », comme le rappellent The Royal Parks sur leur site internet. Les propriétaires de chiens sont évidemment contraints de les tenir en laisse et peuvent faire l’objet de poursuites judiciaires en cas de manquement.

Mais globalement, Richmond Park reste un havre de paix et de liberté, niché au cœur de l’agglomération londonienne, malgré la foule qui peut s’y retrouver lorsqu’il fait beau : 4,4 millions de visiteurs en 2014. Ajoutons que beaucoup de sports peuvent y être pratiqué : marche, course à pied et cyclisme bien sûr, mais aussi rugby, équitation, golf, et toute une gamme de sports et loisirs en plein air. Avec un permis spécial, il est également possible de s’adonner à la pêche dans certains des points d’eau évoqués plus haut.

www.royalparks.org.uk

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