PARCOURS NAPOLEON Westminster Abbey

Texte : Thomas Ménard

La version anglaise de ce parcours est disponible ici.

Les Anglais considèrent Napoléon comme le plus farouche adversaire de leur histoire, et donc Nelson et Wellington comme deux de leurs plus grands héros. S’ils sont tous les deux inhumés à la cathédrale Saint-Paul de Londres, on conserve leur souvenir à l’abbaye de Westminster, à travers leurs plaques de membres du Très honorable Ordre du Bain, dans la chapelle Notre-Dame. En outre, une effigie de cire et de bois du glorieux amiral est présentée dans les Queen’s Diamond Jubilee Galleries.
Toutefois, Napoléon est bien présent dans cette église royale. Ce « Parcours Napoléon à l’abbaye de Westminster » vous permettra de découvrir une vingtaine de personnages qui se sont opposés, d’une manière ou d’une autre, au Général Bonaparte, au Premier Consul ou à l’Empereur Napoléon Ier. La plupart sont des officiers de la Royal Navy ou de la British Army, souvent parmi les plus gradés. On croisera également quelques politiciens, notamment les grands rivaux qu’étaient William Pitt le Jeune et Charles James Fox. Enfin, on tombera sur quelques personnages au destin plus particulier : un prince d’Orléans, la dernière reine de France et le Père de la Nation corse.

Les personnages sont ici classés par ordre alphabétique. Si vous visitez l’abbaye de Westminster, le sens de visite peut changer et il était donc difficile de les classer d’une autre manière. Vous pouvez retrouver les étapes du parcours sur le plan ci-dessous. A certains moments, il se peut que les tombes ou monuments de personnages évoqués ici ne soient pas accessibles au public. N’hésitez pas à demander à un membre du personnel de vous aider à les trouver.


Une version imprimable du texte peut être téléchargée ici avec les illustrations et sans les illustrations.

Les jours et horaires d’ouverture de l’abbaye, ainsi que les tarifs et les conditions de visite, sont consultables sur son site internet : www.westminster-abbey.org.

Par souci de clarté, nous avons parlé de la Guerre d’indépendance américaine et des Guerres de la Révolution et de l’Empire, mais aussi de la campagne d’Espagne et de la campagne d’Egypte. Ce sont des dénominations principalement françaises et il convient de garder à l’esprit que les personnages dont il est question ici ne les connaissaient pas forcément sous ce nom. Par exemple, pour la campagne d’Espagne (1808-1814), les Anglais et les Portugais parlent de Guerre péninsulaire (Peninsular War) et les Espagnols de Guerre d’indépendance.

La Fondation culturelle francophone de Londres remercie l’abbaye de Westminster, son Doyen et son Chapitre, de l’avoir autorisé à créer ce Parcours Napoléon. Il a été élaboré dans le cadre des commémorations du bicentenaire de la mort de Napoléon et de l’Année Napoléon 2021, coordonnée en France par la Fondation Napoléon. Au Royaume-Uni, et notamment à Sainte-Hélène, les célébrations sont organisées par le British Napoleonic Bicentenary Trust.


1. John Beresford

Mémorial par Henry Westmacott

John Theophilus Beresford, né le 16 janvier 1792, est le fils de Marcus Beresford, un politicien irlandais de la famille des marquis de Waterford et des comtes de Tyrone. Pendant la campagne d’Espagne, il sert comme lieutenant au 88e régiment d’infanterie. Il meurt, le 29 janvier 1812, à l’âge de 21 ans, des suites des blessures causées par l’explosion d’un magasin de poudre, quelques jours plus tôt, pendant le siège de Ciudad Rodrigo (7-20 janvier 1812).

Ce mémorial se trouve dans la chapelle de Saint-Jean l’Evangeliste (Chapel of St John the Evangelist, North Ambulatory) et ici.

Image © 2021 Dean and Chapter of Westminster


2. Henry Blackwood

Mémorial par William Behnes

Henry Blackwood, né le 28 décembre 1770, est un officier de marine britannique. Le 21 octobre 1805, il joue un rôle important lors de la bataille de Trafalgar, où il commande l’une des escadres. Au matin de la bataille, avec le Capitaine Hardy, il sert de témoin à l’Amiral Nelson lorsque ce dernier modifie son testament. Quelques mois plus tard, le 8 janvier 1806, il prend part aux funérailles de Lord Nelson.
A la fin des guerres napoléoniennes, il devient contre-amiral et chevalier compagnon de l’Ordre du Bain. Il termine sa carrière à la Royal Navy en 1830, en tant que vice-amiral et l’un des Commandants-en-chef de la Flotte. Il meurt le 13 décembre 1832 et est inhumé dans la chapelle familiale en Irlande du Nord.

Ce mémorial se trouve dans le transept nord (North Transept) et ici.

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3. George Bryan

Mémorial par John Bacon Jr.

Ancien élève de la Winchester School et de Christ Church, à Oxford, George Bryan est capitaine dans l’un des régiments d’infanterie de la Garde royale, celui des Coldstream Guards, et participe à la campagne d’Espagne. Il est tué, aux côtés de plus de 6000 soldats britanniques, lors de la bataille de Talavera, qui se tient les 27 et 28 juillet 1809. Il avait 27 ans. Son corps est enterré sur place, dans le jardin du monastère Saint-Jérôme.
Après cette bataille, Arthur Wellesley reçoit le titre de vicomte Wellington de Talavera, avant de devenir duc de Wellington en 1814.

Ce mémorial se trouve dans le bas-côté nord du chœur (North Choir Aisle) et ici.

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4. Thomas Cochrane

Curieuse destinée que celle de ce marin écossais, que Napoléon surnommait « le Loup des Mers ». Le 23 juillet 1793, à l’âge de 17 ans, Thomas, Lord Cochrane, fils du 9e comte de Dundonald, s’engage dans la Royal Navy. Pendant les Guerres napoléoniennes, il est sans doute l’un des adversaires les plus acharnés de Bonaparte, harcelant les côtes françaises, brûlant les navires de la flotte impériale.
Puis il est impliqué dans la Grande Fraude de la Bourse de Londres. En février 1814, l’annonce de la mort de Napoléon entraîne une très forte augmentation des cours de la Bourse de Londres… puis du compte en banque de Cochrane. Rapidement, la nouvelle de la mort de l’Empereur est démentie par le gouvernement et on comprend qu’il s’agit d’une fraude. Lors du procès qui s’ensuit, Cochrane est condamné. Il est chassé de la Royal Navy, de la Chambre des Communes, où il avait été élu quelques années plus tôt, et même de l’Ordre du Bain, lors d’une humiliante cérémonie à l’abbaye de Westminster.
Il part alors pour l’Amérique du Sud. Dans les années 1820, il organise et commande les marines du Chili et de l’Empire du Brésil, dans leurs guerres d’indépendance contre leur métropole. Il contribue également à l’indépendance du Pérou.
En 1832, il devient le 10e comte Dundonald et est finalement pardonné par la Couronne. Il peut rentrer en Grande-Bretagne et rejoindre la Royal Navy, où il gravit les échelons jusqu’à devenir contre-amiral. Lord Dundonald meurt le 31 octobre 1860, à l’âge de 84 ans, et, quelques jours plus tard, est inhumé dans la nef de l’abbaye de Westminster. En 1967, Pablo Neruda lui rendra hommage dans son recueil de poèmes « Lord Cochrane de Chile ».

Cette tombe se trouve dans la nef et ici.

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5. Richard Fletcher

Mémorial par Edward Hodges Baily.

Né en 1768, Richard Fletcher rejoint la Royal Artillery à l’âge de 20 ans, puis le corps des Royal Engineers le 29 juin 1790. Pour lui, la guerre contre la France débute dans les Antilles, où il participe à la prise de la Martinique, de la Guadeloupe et de Sainte-Lucie. Il est blessé à Sainte-Lucie, devient ingénieur-en-chef et est rapatrié en Angleterre dans les années qui suivent.
Le gouvernement l’envoie alors à Constantinople, pour conseiller l’armée ottomane, aux prises avec le Général Bonaparte en Syrie. Il aide les armées du Sultan à chasser les Français d’Acre, puis de Jaffa. Mais il est finalement capturé par ses ennemis et emprisonné à Alexandrie. Après la rupture de la paix d’Amiens, il reprend du service et participe à la bataille de Copenhague.
Il est ensuite envoyé dans la péninsule ibérique où il devient l’ingénieur-en-chef du Général Sir Arthur Wellesley, futur duc de Wellington. Il participe à la bataille de Talavera, organise les lignes de défense de Lisbonne, est présent à Badajoz, Ciudad Rodrigo, Vitoria le 21 juin 1813. Il est plusieurs fois blessé. Pendant l’une de ses convalescences, Wellington vient le voir chaque jour, pour demander les conseils avisés de son plus précieux ingénieur.
Il est finalement tué lors de la bataille de Saint-Sébastien, le 31 août 1813, et inhumé sur place. Quelques mois plus tôt, le 14 décembre 1812, il avait été créé baronnet et était donc devenu Sir Richard Fletcher. Il avait également accédé au grade de lieutenant-colonel.

Ce mémorial se trouve dans la nef et ici.

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6. Charles James Fox

Monument par Sir Richard Westmacott.

Avec Fox, on quitte les soldats et les marins pour s’intéresser aux hommes d’Etat. Né en 1749, fils du premier baron Holland et d’une descendante de Charles II, Charles James Fox commence sa vie publique par un Grand Tour en Europe. En France, à la Cour et à la Ville, il côtoie Voltaire, le duc d’Orléans et Lafayette.
Malgré son jeune âge, il siège ensuite à la chambre des Communes, où il est vite remarqué comme un excellent orateur. Il devient rapidement l’un des chefs des Whigs et le principal opposant de William Pitt le Jeune et du roi Georges III. C’est sans doute ce qui le pousse à prendre parti pour l’indépendance américaine.
Plus tard, il est partisan de la Révolution française, en tout cas tant qu’elle prend la forme d’une monarchie parlementaire. Il change d’avis avec les Massacres de septembre, mais s’entiche bien vite de Bonaparte, disant de lui qu’il avait surpassé Alexandre et César. Avec la paix d’Amiens, il s’empresse de venir à Paris. Il rencontre le Premier Consul à trois reprises et devient membre étranger de l’Académie des inscriptions et belles-lettres.
Lorsque la guerre éclate à nouveau, il continue à louer Bonaparte et à blâmer l’odieux gouvernement tory. Après la mort de Pitt, il consent à rejoindre le gouvernement d’union nationale de Grenville, en tant que ministre des affaires étrangères, poste qu’il avait déjà occupé brièvement par le passé.
Six mois plus tard, le 13 septembre 1806, ce ministre quelque peu déroutant, meurt à Chiswick House, dans la demeure de sa grande amie, et peut-être maîtresse, Georgiana Cavendish, duchesse de Devonshire.
Francophile jusqu’au bout, il était resté un grand admirateur de Napoléon Ier, celui que les Anglais considéraient comme leur pire ennemi. Malgré ses dernières volontés, ce libéral, partisan de l’abolition de l’esclavage, est inhumé à l’abbaye de Westminster.

Ce monument se trouve dans la nef et ici.

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7. George Hope

Mémorial par Peter Turnerelli.

Petit-fils d’un comte écossais, George Johnstone Hope s’engage dans la Royal Navy à l’âge de 15 ans, en 1782. Pendant la décennie 1790, il écume les eaux méditerranéennes, à bord des frégates successives qu’il commande. Après la bataille du Nil, il rejoint Nelson à Aboukir et devient l’un de ses protégés. C’est lui qui est chargé d’évacuer la famille royale de Naples après la proclamation de la République parthénopéenne. Plus tard, il participe à l’invasion de l’Egypte par les troupes anglaises, puis, le 21 octobre 1805, à la bataille de Trafalgar. Il continue sa carrière dans la Royal Navy, pendant les Guerres napoléoniennes, et devient l’un des Lords de l’Amirauté, ainsi qu’un Commandeur de l’Ordre du Bain. Il meurt à l’Amirauté, le 2 mai 1818, et est inhumé quelques jours plus tard à l’abbaye de Westminster.

Ce mémorial se trouve dans la nef et ici.

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8. George Lake

Mémorial par James Smith.

George Augustus Frederick Lake, né le 21 février 1781, est le fils du général Gerard Lake, premier vicomte Lake. Son père est un proche du prince de Galles, qu’il a servi comme écuyer. En 1790, George est donc choisi pour être l’un des pages d’honneur de l’héritier du trône. Plus tard, entre 1798 et 1803, il sert d’aide-de-camp et de secrétaire à son père, devenu commandant-en-chef des forces anglaises lors de la révolte irlandaise, puis aux Indes. Il est grièvement blessé pendant la bataille de Laswaree, alors qu’il aide son père, dont le cheval a été tué par une balle ennemie.
En 1808, George, devenu lieutenant-colonel du 94e régiment d’infanterie, s’embarque pour la péninsule ibérique. Le 17 août, il est tué à la bataille de Roliça, un des tous premiers engagements des troupes de Wellesley contre les armées françaises. Il est enterré sur place par ses camarades grenadiers.

Ce mémorial se trouve dans la nef et ici.

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9. James Leith

Lorsqu’on visite l’abbaye, on manque souvent James Leith, puisqu’il ne dispose pas d’un somptueux monument, mais d’une simple dalle sur le sol. C’est pourtant l’un des plus hauts gradés à avoir participé aux guerres de la Révolution et de l’Empire.
Né en Ecosse le 8 août 1763, il s’engage à l’âge de 17 ans. Il gravit rapidement les échelons et sert à plusieurs reprises comme aide-de-camp pour d’éminents officiers supérieurs. En 1793, il participe au siège de Toulon, où, dans l’autre camp, on commence à parler du jeune Napoléon Bonaparte. Il sert ensuite à Gibraltar, puis en Irlande, avant de rejoindre les champs de bataille d’Espagne. Le 8 août 1810, le jour de son anniversaire, il est désigné par Wellington pour commander la 5e division d’infanterie des armées anglo-portugaises. Il prend part aux batailles de Bussaco, Badajoz, Salamanque et Saint-Sébastien, notamment.
Le 15 février 1814, il est nommé gouverneur et commandant-en-chef des forces britanniques dans les Antilles. Le 8 août 1815, il débarque à la Guadeloupe, alors que le gouverneur français s’est rallié à Napoléon, revenu de l’ile d’Elbe. Le 10 octobre 1816, il contracte la fièvre jaune à la Barbade et meurt le 16 octobre. Le lieutenant-général Sir James Leith est inhumé à l’abbaye de Westminster, le 15 mars 1817.

Cette tombe se trouve dans la nef et ici.

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10. Coote Manningham

Mémorial par Johan Bacon Jr.

Né vers 1765, Coote Manningham sert lors du siège de Gibraltar, puis à Saint-Domingue, avant d’être envoyé en Espagne pour combattre les armées napoléoniennes. Il est alors à la tête du 95e régiment des fusiliers, régiment expérimental qu’il avait lui-même créé et entrainé.
Il tombe malade pendant la retraite de l’armée britannique, après la bataille de La Corogne (16 janvier 1809), et s’éteint en Angleterre, quelques mois plus tard, le 26 août 1809, à l’âge de 44 ans.

Ce mémorial se trouve dans le transept nord (North Transept) et ici.

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11. Horatio Nelson

L’amiral Nelson, un des plus grands héros de l’histoire anglaise et britannique, occupe une place particulière à l’abbaye de Westminster. Comme son compère, le duc de Wellington, il est enterré à la cathédrale Saint-Paul et il ne dispose donc pas de tombe, ni même de mémorial, à l’abbaye. Toutefois, son effigie en cire est présentée dans les Queen’s Diamond Jubilee Galleries, ouverte en 2018 dans la partie est du triforium, c’est-à-dire la galerie qui court au-dessus des voutes du déambulatoire, à 20 mètres de hauteur.
Horatio Nelson est né le 25 septembre 1758 dans le Norfolk. Il s’engage très jeune dans la Royal Navy et participe à la Guerre d’indépendance américaine, et donc, du point de vue anglais, à la répression de la révolte des Treize-Colonies. Il reprend du service avec les Guerres de la Révolution et de l’Empire, notamment en Méditerranée. Parmi tant d’autres batailles, celui qui deviendra vice-amiral et vicomte Nelson participe au siège de Toulon, à la conquête anglaise de la Corse, à la bataille du Nil et, surtout, à la bataille de Trafalgar, qui le fait entrer dans la légende.
Ce jour-là, le 21 octobre 1805, les pavillons du HMS Victory, son navire-amiral, transmettent à la flotte son ordre devenu lui-aussi légendaire : « L’Angleterre attend de chacun qu’il fasse son devoir ». Celui qui avait perdu un bras et un œil lors de batailles précédentes y laisse cette fois la vie, tué par une balle française tirée depuis le bien-nommé Redoutable.
Ses funérailles, le 9 janvier 1806, sont sans doute l’un des événements les plus grandioses de l’histoire londonienne. Celui qui aurait dit juste avant Trafalgar « La victoire ou l’abbaye de Westminster » est finalement inhumé à Saint-Paul. Toutefois, le personnel de l’abbaye fait réaliser une effigie en bois et en cire du glorieux amiral, dont sa maitresse, Emma, Lady Hamilton, aurait dit qu’elle était plus ressemblante que tous les portraits qui avaient été réalisés précédemment. Certains des habits portés par l’effigie ont probablement appartenu à Nelson, tout comme son épée.
Dans la chapelle Notre-Dame (Lady Chapel), on peut aussi apercevoir la plaque qui rappelle qu’il avait été Grand-croix de l’Ordre du Bain.

Cette effigie se trouve dans les Queen’s Diamond Jubilee Galleries et ici.

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12. Antoine d’Orléans

Monument par Sir Richard Westmacott.

On aborde ici un personnage un peu à part parmi les ennemis de Napoléon enterrés ou célébrés à l’abbaye de Westminster.
Antoine-Philippe d’Orléans, duc de Montpensier, est né le 3 juillet 1775 au Palais-Royal, en face du Louvre. Il est le fils de Louis-Philippe d’Orléans, futur Philippe-Egalité, et le frère de Louis-Philippe d’Orléans, futur roi des Français. Lorsqu’il est baptisé à la chapelle royale du château de Versailles, le 12 mai 1788, son parrain n’est autre que Louis XVI et sa marraine la reine Marie-Antoinette. L’année suivante, la Révolution éclate, changeant à jamais le destin des Orléans.
Ils sont en effet partisans de la Révolution et de l’établissement d’une monarchie parlementaire, libérale, à l’anglaise. Combattant dans les armées révolutionnaires contre les souverains coalisés, Antoine sert son frère aîné, le Général Egalité, comme aide-de-camp. Il essaie, en vain, de convaincre son père de voter contre la condamnation du roi à la peine de mort.
En 1793, il est arrêté, comme tous les autres membres de la famille royale, et enfermé au fort Saint-Jean, à Marseille. Il en sort en 1796, pour être expulsé vers Philadelphie, dans la jeune République américaine, où il rejoint son frère, nouveau chef de la branche cadette des Bourbons, Philippe-Egalité ayant lui-même été guillotiné sous la Terreur. Finalement, en 1800, les Orléans se retrouvent en Angleterre et s’installent à Twickenham.
La même année, le Premier Consul Bonaparte autorise le retour des Emigrés, à la condition qu’ils prêtent serment de fidélité à la nouvelle Constitution. Les Orléans restent en exil, aux côtés du nouveau souverain en titre, Louis XVIII, et de son frère, le comte d’Artois, futur Charles X. Tous vont bientôt rentrer en France et se succéder sur le trône.
Mais Antoine-Philippe s’éteint le 18 mai 1807, près de Windsor, des suites de la tuberculose qu’il a contractée dans les geôles de la République. Ses derniers mots à son frère auraient été, en anglais : « Give me your hand, I thought I was dying » (« Donne-moi ta main, j’ai cru que j’allais mourir »). Ce n’était pas qu’une impression : le duc de Montpensier meurt juste après. Grâce aux bonnes grâces de la famille royale, il est inhumé aux côtés des rois et des héros d’Albion, dans la chapelle Notre-Dame de l’abbaye de Westminster.

Ce monument se trouve dans la chapelle Notre-Dame (Lady Chapel) et ici.

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13. Pasquale Paoli

Mémorial par John Flaxman.

Personnage essentiel dans la destinée de la famille Buonaparte, le Père de la Nation corse est célébré à l’abbaye de Westminster.
Pasquale Paoli est né en Corse, le 5 avril 1725. La Corse est alors une possession génoise. C’est la tentative d’arrestation de son père qui marque le début de l’insurrection de l’île contre la République de Gênes, le 17 novembre 1733. Giacinto est élu Général de la Nation, participe à la création du royaume de Corse en 1736 et est nommé régent après le départ du roi Théodore. Il ne peut toutefois s’opposer aux puissantes forces militaires envoyées par Louis XV pour ramener la Corse dans le giron génois et doit s’exiler à Naples avec Pasquale. Là, le jeune homme s’éveille à la philosophie des Lumières, notamment à celle des penseurs libéraux britanniques.
Le 20 avril 1755, Pasquale, appelé sur l’île pour reprendre le combat de son père, est à son tour élu Général de la Nation et chasse les Génois. Il instaure une constitution d’inspiration libérale, la première à accorder un droit de vote partiel aux femmes. Le Père de la Nation corse gouverne pendant quinze ans, mais doit finalement s’exiler en 1769, après la victoire des troupes de Louis XV, qui a pris la Corse aux Génois en vertu du traité de Versailles de l’année précédente.
Il est accueilli par Georges III, en Grande-Bretagne, où débute un exil qui va durer vingt ans. Lorsqu’éclate la Révolution française, il est rappelé en France, célébré par Lafayette et Robespierre. Louis XVI le nomme commandant de l’île et il revient triomphalement en Corse. S’il avait été au départ favorable aux idées libérales de la Révolution, il n’accepte pas son évolution liberticide et tyrannique. En Corse, il combat donc les partisans de la Révolution, notamment la famille Bonaparte… Il organise ensuite la création du royaume anglo-corse, mais n’est pas choisi pour en être le vice-roi. Il s’embarque alors pour un dernier exil en Grande-Bretagne, où il meurt le 5 février 1807, à l’âge de 81 ans. Il est inhumé au cimetière de Saint-Pancras, aux cotés de nombreux Emigrés, et célébré par un monument à l’abbaye de Westminster. Quelques décennies plus tard, la dépouille du Babbu di a Patria est finalement ramenée en Corse, à l’initiative de Tito Franceschini-Pietri, qui était à la fois son petit-neveu et le secrétaire particulier de Napoléon III, petit-neveu de Napoléon Ier.

Ce mémorial se trouve dans le bas-côté sud du chœur (South Choir Aisle) et ici.

Image © 2021 Dean and Chapter of Westminster


14. Spencer Perceval

Monument par Sir Richard Westmacott.

Né à Londres, dans le quartier de Mayfair, le 1er novembre 1762, Spencer Perceval est issu d’une famille aristocratique. Son père est comte d’Egmont et Premier Lord de l’Amirauté. A l’âge de 33 ans, il est élu à la Chambre des Communes, dans le camp des Conservateurs. Il est rapidement reconnu pour ses compétences, notamment en matière financière, et devient Chancelier de l’Echiquier (ministre des Finances) en 1807, puis Premier Lord du Trésor en 1809. A cette époque, le titre de Premier ministre n’est qu’officieux, et c’est donc bien le Premier Lord du Trésor qui dirige le gouvernement. (De nos jours, le 10 Downing Street est officiellement la résidence du Premier Lord du Trésor, titre qui est toujours associé à celui de Premier ministre depuis 1905).
C’est en cette qualité que Perceval doit mener la lutte contre l’Empereur Napoléon Ier, notamment dans la péninsule ibérique. L’un de ces ministres des Affaires étrangères n’est autre que Richard Wellesley, le frère aîné du duc de Wellington. C’est Perceval qui, en 1811, met en place la Régence au profit du prince de Galles, alors que le roi Georges III est jugé inapte à régner.
Spencer Perceval est assassiné le 11 mai 1812, dans le vestibule de la Chambre des Communes, au palais de Westminster. C’est le seul Premier ministre britannique à avoir été assassiné. Il est inhumé dans le caveau familial de Charlton et commémoré par un magnifique monument à l’abbaye de Westminster.

Ce monument se trouve dans la nef et ici.

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15. William Pitt le Jeune

Monument par Sir Peter Westmacott.

William Pitt le Jeune succède à Spencer Perceval dans cette liste alphabétique, mais l’a précédé comme Premier ministre.
Il est né le 28 janvier 1759. Son oncle maternel, George Grenville, est Premier ministre de 1763 à 1765, puis c’est au tour de son père, également nommé William Pitt, dit William Pitt l’Ancien, de 1766 à 1768. Quelques jours après sa nomination, celui qui avait déjà eu une longue carrière politique et avait toujours refusé une paierie (on l’appelait le Grand Roturier, The Great Commoner), accepte finalement de devenir le 1er comte de Chatham. Il meurt en 1778.
Cinq ans plus tard, en 1783, son fils, William Pitt le Jeune (son frère aîné, John, avait succédé à leur père comme 2e comte de Chatham) devient le plus jeune Premier ministre de l’histoire britannique, à l’âge de 24 ans seulement. Chef du parti tory et fervent partisan de l’autorité royale, il conserve ses fonctions pendant 17 ans et 86 jours, jusqu’en 1801. C’est donc lui qui gouverne la Grande-Bretagne lorsque la Révolution française éclate, qui adhère à la Première coalition (1792-1797) et à la Deuxième coalition (1798-1802), qui doit combattre les armées du jeune Général Bonaparte, puis du Premier Consul. Il démissionne le 14 mars 1801, mais est rappelé le 10 mai 1804. Le second gouvernement Pitt voit la proclamation de l’Empire. Comme Perceval, il meurt dans l’exercice de ses fonctions, mais de problèmes de santé, le 23 janvier 1806. Le 22 février suivant, il est inhumé aux côtés de son père, dans le transept nord de l’abbaye de Westminster. Sa tombe est difficile à identifier, l’inscription étant en partie effacée, mais il dispose d’un somptueux monument au-dessus du portail principal de l’église. Son effigie de cire est également exposée dans les Queen’s Diamond Jubilee Galleries.

Ce monument se trouve dans la nef et ici.

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16. William Rutherfurd

William Gordon Rutherfurd est né dans les Treize-Colonies, au sein d’une famille loyaliste, qui se réfugie en Grande-Bretagne lorsque les colonies se soulèvent. Il étudie à Saint-Andrews, en Ecosse, et s’engage dans la Royal Navy. Pendant les Guerres de la Révolution, il combat principalement dans les Antilles. Puis, son navire est envoyé en Méditerranée et, le 21 octobre 1805, il est engagé dans la bataille de Trafalgar, à bord du HMS Swiftsure.
A son retour en Angleterre, on l’affecte essentiellement à des tâches administratives, ce qui, avec son manque d’ancienneté, l’empêche d’accéder au grade d’amiral. Finalement, en 1814, il dirige l’hôpital militaire de Greenwich, réservé aux marins (aujourd’hui le Old Royal Naval College), et est accepté au sein du prestigieux Ordre du Bain, dont le siège se trouve à l’abbaye de Westminster. Il meurt le 14 janvier 1818 et est inhumé dans l’église Sainte-Marguerite, juste à côté de l’abbaye.

Cette tombe se trouve dans l’église Sainte-Marguerite (St Margaret’s Church) et ici.

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17. Marie-Joséphine de Savoie

Monument par Sir Peter Westmacott.

Vous aurez reconnu le tombeau du prince Antoine-Philippe d’Orléans, duc de Montpensier, au fond de la chapelle Notre-Dame. C’est là, en effet, que la dernière reine de France fut brièvement inhumée.
Née le 2 septembre 1753 à Turin, Marie-Joséphine est la fille de Victor-Amédée III de Savoie, roi de Sardaigne, et de Marie-Antoinette de Bourbon, Infante d’Espagne.
Le 14 mai 1771, elle épouse Louis-Stanislas-Xavier de France, comte de Provence, le petit-fils de Louis XV et le frère du futur Louis XVI. Deux ans plus tard, sa sœur Marie-Thérèse se marie avec le troisième frère, Charles-Philippe de France, comte d’Artois. En 1774, son beau-frère monte sur le trône et Marie-Joséphine, désormais « Madame », est la deuxième dame de la Cour de Versailles et du royaume de France.
Si les Artois quittent la France dès le 16 juillet 1789, après la prise de la Bastille, les Provence accompagnent la famille royale à Paris et s’installent au Petit-Luxembourg. Ils s’enfuient finalement le 20 juin 1791, en même temps que Louis XVI et Marie-Antoinette, mais leur fuite sera un succès, contrairement à la désastreuse « fuite de Varennes ».
Pendant les années suivantes, Marie-Joséphine suit son mari, au gré des circonstances, en Allemagne, en Courlande, en Pologne… En 1807, ils arrivent finalement en Angleterre, où ils retrouvent les Artois. Entre temps, Louis XVII est mort au Temple et Provence est devenu Louis XVIII, en tout cas en titre. Marie-Joséphine est la reine de France en exil.
Le 13 novembre 1810, elle meurt dans le Buckinghamshire, à Hartwell House, où le comte et la comtesse de Lille, les titres qu’ils utilisaient alors, avaient recréé un semblant de cour royale. Après une messe solennelle à l’église française de King Street, Portman Square, elle est inhumée dans le caveau où repose déjà son lointain cousin, le duc de Montpensier. L’année suivante, sa dépouille est rapatriée à la cathédrale de Cagliari, en Sardaigne.
Son mari monte sur le trône en 1814. Puis vient le tour du comte d’Artois, sous le nom de Charles X, en 1824. Son épouse, Marie-Thérèse de Savoie, était morte en 1805. Quant à Louis-Philippe, en 1830, il prend le titre de roi des Français. Marie-Joséphine était donc bien, en titre, la dernière reine de France.

Son éphémère tombeau se trouve dans la chapelle Notre-Dame (Lady Chapel) et Marie-Joséphine dispose d’une notice ici.

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18. Charles Stuart

Mémorial par Joseph Nollekens.

Fils du 3e comte de Bute, Charles Stuart est né en janvier 1753 à Kenwood House, à Hampstead Heath, sur les hauteurs de Londres. A l’âge de 15 ans, il s’engage dans l’armée britannique, où il gravit les échelons jusqu’au grade de lieutenant-général. Il commence par servir dans la Guerre d’indépendance américaine. Quelques années plus tard, il reprend du service contre la France, alors que les Britanniques rejoignent la Première coalition. C’est lui qui commande les troupes anglaises en Corse, où il est partisan de Paoli. En janvier 1797, on l’envoie protéger Lisbonne et, l’année suivante, s’emparer de Minorque, dont il devient le gouverneur. Nelson l’appelle ensuite en Italie du Sud, puis il rentre en Angleterre. C’est là qu’il meurt, dans sa maison de Richmond, le 25 mars 1801. Il est enterré à Petersham.

Ce mémorial se trouve dans la chapelle Saint-André (St Andrew’s Chapel, North Ambulatory) et ici.

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19. Thomas Totty

Mémorial par John Bacon Junior.

Comme beaucoup de marins et soldats évoqués dans ce parcours, Thomas Totty, né en 1746, a fait ses armes aux Treize-Colonies avant de combattre les troupes de la Révolution et de l’Empire. Atteignant le rang de contre-amiral, il a notamment été Amiral du Port de Chatham, puis commandant de la flotte dans les Antilles. A la Martinique, il contracte la fièvre jaune, et meurt à bord de son navire, le 2 juin 1802. Il est inhumé à la chapelle de la garnison de Portsmouth.

Ce mémorial se trouve dans la chapelle Saint-André (St Andrew’s Chapel, North Ambulatory) et ici.

Image © 2021 Dean and Chapter of Westminster


20. William Anne Villettes

Mémorial par Sir Richard Westmacott.

William Anne Villettes est né à Berne, le 14 juin 1754. Son père, d’ascendance huguenote, était l’ambassadeur britannique auprès de la Confédération suisse.
Pendant les Guerres de la Révolution, il sert principalement en Méditerranée, notamment à Toulon, en Corse et à Malte. En 1802, il devient commandant-en-chef des troupes britanniques en Méditerranée et atteint le grade de lieutenant-général trois ans plus tard. En 1807, on l’envoie dans les Antilles, comme commandant-en-chef de la colonie de Jamaïque. C’est là qu’il meurt, de maladie, le 13 juillet 1808. Il est enterré sur place.

Ce mémorial se trouve dans la chapelle Saint-André (St Andrew’s Chapel, North Ambulatory) et ici.

Image © 2021 Dean and Chapter of Westminster


21. Robert Wilson

Parmi les personnages évoqués dans ce parcours, Sir Robert Thomas Wilson a sans doute le profil le plus complet.
Né le 17 août 1777 à Londres, il est le fils d’un portraitiste bien connu. Il étudie à la Westminster School et devient à la fois politicien (il siège à la chambre des Communes de 1818 à 1831), diplomate, administrateur (gouverneur de Gibraltar de 1842 à 1849), mais surtout soldat (il atteint le grade de général).
Il est aussi l’un des rares à avoir combattu sur tous les fronts, à Eylau et à Friedland, en Espagne et en Russie.
Il meurt le 9 mai 1849 à Londres et est inhumé dans la nef de l’abbaye de Westminster, sous une plaque de laiton où lui et son épouse sont représentés dans le plus pur style néogothique, tels un chevalier et une dame du Moyen Âge, avec leurs treize enfants se recueillant à leur pieds.

Cette tombe se trouve dans la nef et ici.

Image © 2021 Dean and Chapter of Westminster

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