PARCOURS NAPOLEON Royal Collection

En construction


De Bonaparte à Napoléon


Le duc de Marlborough
Buste de Pierre-Charles Bridan, 1800-1801
Exposé dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

John Churchill, 1st Duke of Marlborough, 1800-1801
Pierre-Charles Bridan (1766-1836)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN31647

Débuter un Parcours Napoléon par un buste du duc de Marlborough peut paraître surprenant. C’est toutefois l’un des rares souvenirs du Bonaparte Premier consul qui soit conservé dans les Collections royales.
Suite au coup d’Etat du 18 brumaire an VIII (9 novembre 1799), le Directoire est remplacé par le Consulat. Le régime est désormais entre les mains de trois consuls, Sieyès et Ducos (puis Cambacérès et Lebrun après la mise en place de la Constitution), mais surtout le général Bonaparte, proclamé Premier consul. Fort de ses succès en Italie (1796-1797), puis en Egypte (1798-1799, succès ici relatif d’ailleurs), et avec l’appui de son frère Lucien, qui préside le conseil des Cinq-cents, l’une des assemblées du Directoire, Napoléon Bonaparte devient le dirigeant en titre de la France.
Le 19 février 1800, les consuls quittent le Petit-Luxembourg pour s’installer aux Tuileries, l’ancienne demeure des rois et le siège des comités révolutionnaires. Pour être plus précis, le Premier consul s’installe avec son épouse dans les appartements de Louis XVI et Marie-Antoinette, tandis que Lebrun est relégué dans le pavillon de Flore. Cambacérès, prévoyant, préfère s’installer dans l’hôtel d’Elbeuf tout proche.
L’installation des consuls dans le nouveau palais du Gouvernement est notamment confié à Lucien Bonaparte, entre temps devenu ministre de l’Intérieur. C’est lui qui commande ce buste pour orner la galerie de Diane. Dernière pièce des appartements de représentation du Premier consul, ancienne galerie des Ambassadeurs de Louis XIV et de ses successeurs, celle-ci s’étend sur 52 mètres et présente, au plafond, des copies des peintures réalisées par Annibale Carrachi pour le palais Farnèse. Napoléon demande à Lucien de lui fournir une collection de bustes des grands capitaines de l’histoire, qu’ils aient un rapport avec la France ou non, qu’ils aient combattu pour elle ou contre elle. C’est ainsi que le duc de Marlborough se retrouve dans la galerie du Premier consul Bonaparte, aux côtés de Démosthène, Alexandre, Annibal, Scipion, Brutus, Cicéron, Caton, Jules César, Gustave-Adolphe de Suède, Turenne, le Grand Condé, Duguay-Trouin, Eugène de Savoie, Maurice de Saxe, Washington, Frédéric le Grand, Mirabeau, Dugommier, Dampierre, Marceau et Joubert. L’Hospital, Sully, Colbert, Ruyter et Montesquieu viendront aussi l’y rejoindre. Cette collection semble avoir été déplacée au château de Fontainebleau après l’instauration de l’Empire (1804) et personne ne sait vraiment comment ce buste est arrivé dans les collections royales britanniques. Elle apparait pour la première fois en 1875, dans un inventaire des bustes exposés au château de Windsor. Serait-ce un achat du Prince Régent ou un cadeau de Napoléon III ?
Rappelons que John Churchill (1650-1722), 1er duc de Marlborough en 1702, avait été l’un des grands ennemis de la France, combattant contre les armées de Louis XIV pendant la guerre de Succession d’Espagne (1701-1714) et remportant les brillantes victoires de Blenheim (1704), Ramillies (1706), Audenarde (1708) et Malplaquet (1709). Alors qu’il est en guerre contre l’Angleterre (Le Moniteur évoque cette commande de statues le 8 février 1800, donc bien avant la courte paix d’Amiens de 1802-1803), le futur empereur rend un hommage surprenant au plus glorieux des généraux britanniques. A-t-il entendu parler du loyer que, chaque année, les descendants du duc de Marlborough viennent payer au souverain britannique pour leur domaine de Blenheim, près d’Oxford ? Il s’agit d’une réplique d’une bannière fleurdelysée prise aux Français sur le champ de bataille et qui est exposée au château de Windsor. Dans quelques années, une autre bannière, tricolore celle-là, viendra lui faire face, réplique de celle prise par les soldats de Wellington à Waterloo ! (voir, à ce sujet, l’introduction du Parcours Napoléon dans la Waterloo Chamber du château de Windsor, ainsi que la notice consacré à la bannière de location des ducs de Wellington, ci-dessous).
Le buste a été réalisé par le sculpteur Pierre-Charles Bridan (1766-1836), qui a travaillé aux côtés de Houdon et Pajou, notamment, pour cette galerie de grands capitaines. Sous l’Empire, on lui doit aussi des fresques pour divers monuments napoléoniens, comme la colonne de la Grande Armée (celle de la place Vendôme) ou l’arc de triomphe du Carrousel (un canonnier sur la façade ouest). On se souvient également de lui pour avoir réalisé la sculpture en plâtre de l’éléphant de la place de la Bastille. Il s’agissait d’un modèle de taille réelle, présenté en 1814, qui aurait dû préfigurer la véritable statue. Du fait de la chute de l’Empire, c’est finalement la version temporaire de Bridan qui décora un coin de la place pendant une trentaine d’années. Il est bien sûr rentré dans l’imaginaire collectif des Français grâce à Victor Hugo et à ses Misérables.


Epée d’apparat du Premier consul
Conçue par la manufacture de Versailles, 1802-1803
Exposée dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Robe sword and scabbard, 1802-03
Manufacture de Versailles
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN61171

Pour cette arme d’honneur, présentée dans les vitrines de la grande salle des gardes du château, nous disposons de quelques éléments permettant de retracer son histoire. L’épée porte en effet les mentions « Boutet Directeur Artiste » et « Manuf A Versailles ». Nicolas-Noël Boutet (1761-1833), fils de l’Arquebusier des chevaux-légers du roi, hérite de son beau-père la charge d’arquebusier ordinaire du roi Louis XVI. Le 23 août 1792, le nouveau régime le nomme directeur-artiste (une sorte de directeur technique) de la manufacture de carabines de Versailles, qui devient le 1er février 1794 la manufacture d’armes de Versailles. Installée dans les anciens appartements de l’aile du Midi, au château de Versailles, elle est d’abord une simple usine de production d’armes à feu pour les armées révolutionnaires.
Pendant la campagne d’Italie, le jeune général Bonaparte prend l’habitude d’offrir des armes d’honneur à ses soldats les plus valeureux. Sous le Consulat, la tradition continue et la manufacture de Versailles se spécialise dans ces armes d’honneur et d’apparat. Grâce au talent de Boutet, certaines sont de véritables trésors d’orfèvrerie.
Cette épée est accompagnée d’un certificat qui précise son histoire. « Je Sousigné Certifie qu’ayant été emplyé (sic) autrefois comme Emballeur De la Maison de S. M. L’Empereur Napoléon, il ma été affirmé par de personne que laproche que le glaive que J’ai Vandu a Messieurs Rundell Bridge et Rundell de Londres, lui avoit appartenu etant premier Consul – Cest pourquoi J’ai delivre le présent a Paris le deux Fevrier Milhuit cent Vingt Sept Chenne Layetier Emballeur du Garde meuble de la Couronne et du Musée rue croix des petets (sic) Champs No28 ». Si l’on en croit ce Monsieur Chenne (il s’agit sans en fait de Jean Adam Chenue, 1780-1880), l’épée est donc celle du Premier consul. On sait en effet que trois épées ont été commandées à Boutet pour Bonaparte, Sieyès et Ducos. Deux autres sont ajoutées plus tard, pour Cambacérès et Lebrun. Sur ces cinq épées d’apparat, très proches par le décor, une est conservée à la Malmaison, une autre au Victoria & Albert Museum. On dit que celle de la Malmaison aurait été offerte par Napoléon à son fils, le roi de Rome. Dans ce cas, c’est celle qui aurait dû lui appartenir. Ce qui semble être infirmé par le billet accompagnant l’épée de la Royal Collection. Selon ce dernier, Chenue l’aurait cédée le 2 février 1827 à Rundell, Bridge & Rundell, la célèbre maison de joaillerie et d’orfèvrerie de Londres. Fondée par Philip Rundell et John Bridge en 1787 (Edmond Walter Rundell, le neveu de Philip, devint associé en 1804), la maison obtient le titre de fournisseur de la Cour entre 1804 et 1843. Peu de temps après la transaction, l’épée entre dans les collections de Georges IV. On sait qu’elle est dans l’inventaire de l’armurerie de Carlton House le 9 avril 1827.
Le décor est assez étonnant, mais il faut se rappeler qu’il ne se réfère ni au général Bonaparte ni à l’empereur Napoléon Ier, mais au Premier consul. Ni aigle, ni abeille, donc, mais Hermès et les attributs du commerce, Minerve (portant le bonnet phrygien) et les attributs de l’agriculture. Et puis, tout de même, quelques évocations de l’art militaire.


L’Empereur
Portrait gravé par Auguste Desnoyers, 1808

Napoleon le Grand, 1808
Auguste Gaspard Louis Boucher Desnoyers (1779-1857)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617722

Le 18 mai 1804, le Sénat proclame l’instauration de l’Empire. Pour être plus précis, le sénatus-consulte dispose que la République française est désormais gouvernée par un empereur, l’empereur des Français. Le Premier consul Bonaparte (consul à vie à partir de 1802) devient Napoléon le Grand ! L’Empereur a choisi Auguste Desnoyers pour réaliser la gravure du célèbre tableau de François Gérard, qui représente Napoléon Ier en costume du sacre (1805, voir oeuvre suivante pour la cérémonie). L’idée est bien sûr de diffuser au maximum l’image du nouveau souverain, à travers l’Europe et au-delà, et donc de participer à la propagande du nouveau régime.
L’Empereur est debout, sur une estrade et sous un dais, devant le fameux trône au dossier circulaire imaginé par Percier et Fontaine. A sa droite, l’orbe et la main de justice reposent sur un luxueux tabouret. Il est revêtu du somptueux costume dessiné par Isabey et, encore une fois, Percier. La robe de satin blanc est brodée d’or. Le lourd manteau de velours rouge est bordé d’hermine et brodé d’abeilles, du « N », de branches de chêne, d’olivier et de laurier entrelacées. Napoléon est couronné de feuilles de laurier d’or et tient à la main le sceptre dit de Charlemagne (en fait celui de Charles V). A sa ceinture, on devine l’épée du sacre, dont la garde est revêtue du Régent, l’un des trésors des rois de France. Il est intéressant de préciser que ce diamant blanc fut découvert à Golconde, aux Indes, et qu’il fut vendu à Philippe d’Orléans, le neveu de Louis XIV… par un certain Thomas Pitt (1653-1726), le grand-père de Pitt l’Ancien et l’arrière-grand-père de Pitt le Jeune. Ce dernier était Premier ministre de sa Gracieuse Majesté au moment du sacre de Napoléon et donc l’un des principaux opposants à Napoléon ! On reconnait également le grand-collier de la Légion d’honneur, ordre institué par le Premier consul en 1802.
Cela peut paraître étrange, mais le prince de Galles a acheté cette copie de la gravure de Desnoyers le 1er février 1811, quelques jours avant d’être nommé régent et en pleine guerre contre l’Empereur, notamment dans la péninsule ibérique. Sans rancune !


Le Couronnement
Illustration d’un livre de Charles Percier et Pierre Fontaine, 1807

Description des Cérémonies et des Fêtes qui ont eu lieu pour le Couronnement
de Leurs Majestes Napoléon … et Josephine, 1807
After Charles Percier (1764-1838)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN1046693

C’est donc le couronnement de Napoléon qui symbolise la proclamation de l’Empire, ou plutôt, comme le dit le texte constitutionnel, l’accession d’un empereur au gouvernement de la République française. C’est un acte de politique, autant que de propagande, et sans doute aussi de psychologie personnelle. Un outsider atteint le plus haut niveau de la hiérarchie sociale : le petit hobereau désargenté d’une province récemment unie au royaume de France devient le nouveau souverain du pays, par ses seuls mérites. « Si Papa voyait ça », aurait dit Napoléon à son frère aîné, Joseph, juste avant la cérémonie, apparemment en corse !
Plus que tout ce qu’il a créé ou détruit au cours de ces 15 années au pouvoir, c’est le sacre qui symbolise le plus ce qu’est le bonapartisme initial (celui de Napoléon Ier, qui n’a absolument rien à voir avec le bonapartisme sans Napoléon, celui de Napoléon III et encore moins le bonapartisme fantasmé de ce début de XXIe siècle. Voir Arthur Chevallier, Napoléon et le Bonapartisme, Paris, PUF, 2021). A savoir, un subtil équilibre entre tradition monarchique millénaire et héritage de la Révolution.
Le sacre se déroule donc le dimanche 2 décembre 1804, à Notre-Dame de Paris, haut-lieu de la monarchie française (l’idée d’un sacre à Reims, comme du temps des rois de France, a été rejetée). Napoléon a choisi un cadre religieux, la cathédrale de Paris, mais l’Empereur ne communie pas. Il a ordonné la présence du pape, Pie VII, mais il se couronne lui-même et il couronne l’impératrice. Le pape n’est donc qu’un simple témoin. Témoin partiel, d’ailleurs, puisqu’il doit se retirer dans la sacristie pendant le serment civique. Le souverain pontife est surtout une sorte de pion sur l’échiquier politique du nouveau souverain républicain. Le serment est clair : l’Empereur « jure de maintenir l’intégrité du territoire de la République » et bien d’autres choses qui, elles aussi, relèvent plutôt de l’héritage révolutionnaire (liberté des cultes, égalité des droits, etc.).
Il est probable que cette glorieuse cérémonie a mis tout le monde d’accord sur un point : la gêne que cela a occasionné dans tous les esprits, à l’exception de celui de l’Empereur. Les Républicains sont contre le rétablissement d’un pouvoir monarchique. Les royalistes ralliés sont contre l’irruption du civil dans ce moment éminemment sacré. Les royalistes non ralliés y voit une usurpation. Les croyants voient la passivité forcée du pape comme une insulte à l’Eglise. Les anticléricaux voient la présence du pape comme une insulte à la Révolution. Même la nouvelle famille impériale n’y trouve pas son compte : les sœurs de l’Empereur refusent de porter la traine de leur honnie belle-sœur, Madame Mère boude à Rome parce que Napoléon s’est disputé avec Lucien.
Mais ce sacre, c’est aussi le triomphe de Charles Percier (1764-1838) et Fontaine (1762-1853), les architectes et décorateurs de Napoléon, créateurs du style Empire. Ce sont eux qui, avec le peintre Jean-Baptiste Isabey, ont imaginé le décor de la cérémonie, sous la direction de Louis-Philippe de Ségur, nommé grand-maître des cérémonies dès la proclamation de l’Empire. La vision de Notre-Dame que nous donne à voir cette illustration est peu commune pour nous : l’imaginaire collectif français a oublié ce genre de célébrations depuis longtemps. On peut toutefois se reporter aux images de l’abbaye de Westminster, le 2 juin 1953. Pour le couronnement d’Elisabeth II, on avait également construit des balcons et des gradins dans les bas-côtés pour accueillir les milliers d’invités. Bien sûr, le décor est différent : ici règnent les grandes armoiries de l’Empire, le N auréolé de couronnes de laurier, les aigles impériales, mais aussi la tiare pontificale. Ce qui frappe, aussi, c’est ce gigantesque podium, couronné d’un arc de triomphe, où l’Empereur est assis sur son trône, sous un dais. Sur l’arc de triomphe, où des divinités ailées et vêtues à l’antique célèbrent le nouveau César, sont inscrits en lettres d’or les mots « Napoléon Empereur des Français », ainsi que « Honneur » et « Patrie », qui forment la devise de l’ordre de la Légion d’honneur.


Napoléon domine l’Europe
Portrait de Charles Howard Hodges, vers 1811

Napoleon Empereur des Français, Roi d’Italie,
Protecteur de la Confédération du Rhin, Médiateur de la Suisse, c. 1811
Charles Howard Hodges, (c. 1764-1837)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617716

Qui dit empereur, dit empire. Et qui dit empire, dit fédération, ou au moins association, de plusieurs Etats souverains, a priori des royaumes, sous le sceptre commun d’un souverain unique. La légende de cette gravure de 1811 nous donne quelques indices quant à ce « système continental ».
Nous l’avons vu, Napoléon Ier est l’empereur des Français. Cela a une dimension particulière, puisque la République française est alors constituée de plus de 100 départements, avec un maximum de 134 départements en 1813. Cela inclut ce qui avait été les Pays-Bas autrichiens, la rive gauche du Rhin, le Piémont, la République de Gênes, le grand-duché de Toscane, le duché de Parme, les Etats pontificaux, les Provinces-Unis, des territoires de l’ancienne Hanse, la Catalogne et d’autres territoires. A cela s’ajoute les 6 province illyriennes. Ces territoires dit « réunis » ont tout simplement été annexés à la France au cours des guerres de la Révolution et de l’Empire. En 1812, cela représentait 750 000 km² et 44 millions de Français, soit environ un tiers de l’Europe. En 1815, le second traité de Paris ramène la France à 86 départements.
La Révolution française a donné des idées à de nombreux peuples, en tout cas à une minorité agissante au sein de ces peuples. Les Pays-Bas autrichiens, les Provinces-Unies, les cantons suisses, certains des Etats italiens ont eu leur révolution au début des années 1790, ce qui donna parfois lieu à la création de républiques, dites sœurs de la République française. Ainsi, en Italie, la République cispadane et la République transpadane, qui forment rapidement la République cisalpine, devenue en 1802 la République italienne, dont le président n’est autre qu’un certain Napoléon Bonaparte. Bien sûr, après la proclamation de l’Empire, l’empereur des Français peut difficilement rester par ailleurs président de la République italienne. Comme leurs confrères français, les républicains italiens doivent se soumettre : le 17 mars 1805, on proclame le royaume d’Italie. Napoléon devient roi d’Italie et il est représenté sur place, à Milan, par son beau-fils, le fidèle et loyal Eugène de Beauharnais, le fils de Joséphine. Fidèle, il le reste jusqu’à la campagne de France. Le royaume d’Italie survit même quelques jours de plus que l’Empire.
Napoléon est également médiateur de la Confédération helvétique. Là aussi, la Révolution française s’est exportée. Après l’invasion de 1798, les armées françaises forcent les cantons suisses à se réunir au sein d’une éphémère République helvétique. Cinq ans plus tard, le 19 février 1803, le Premier consul, par l’Acte de médiation, impose une nouvelle constitution et la restauration d’une Confédération helvétique. C’est ainsi qu’il devient le médiateur du nouvel Etat. En fait, le représentant de l’Empereur en Suisse exerce une influence considérable sur le gouvernement de la Suisse. Autant dire que c’est Napoléon qui décide de tout.
Enfin, le document nous apprend qu’il est protecteur de la Confédération du Rhin. Celle-ci a été imposée aux peuples germaniques, et notamment à l’Autriche, après la bataille d’Austerlitz (2 décembre 1805), et instituée par le traité du 12 juillet 1806. Seize Etats quittent le Saint Empire romain germanique pour former la Confédération du Rhin, dont l’empereur des Français est le protecteur. Progressivement, d’autres Etats adhèrent à la confédération. A son maximum, elle incorpore 35 Etats, plus de 15 millions d’habitants et 350 000 km². Parmi ces Etats, citons les royaumes de Bavière, de Saxe, de Westphalie et de Wurtemberg, 5 grands-duchés, 14 duchés et de nombreuses principautés. Si certains conservent une large autonomie, d’autres sont directement soumis à l’Empereur (par exemple le royaume de Westphalie, confié à Jérôme Bonaparte, ou le grand-duché de Berg, apanage de Murat, puis du fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande). L’une des conséquences, c’est la dissolution du Saint Empire, qui existait depuis près de 1000 ans. Le 6 août 1806, moins d’un mois après la création de la Confédération du Rhin, l’empereur François II abdique. Prévoyant, il avait pris le titre d’empereur d’Autriche, sous le nom de François Ier, le 11 août 1804, quelques mois après que le Premier consul soit devenu Napoléon Ier, empereur des Français.
Mais le « système continental » de l’Empereur ne s’arrête pas là. Des « royaumes frères » sont placés sous la dépendance de Napoléon, et d’ailleurs confiés à ses frères ou beau-frère : le royaume de Naples, pris aux Bourbons et attribué d’abord à Joseph Bonaparte, puis à Joachim Murat, l’époux de Caroline Bonaparte ; le royaume d’Espagne, enlevé à une autre branche des Bourbons, accordé à Joseph, qui quitte Naples pour Madrid. Citons également le royaume de Hollande, où Napoléon place Louis Bonaparte, avant de l’annexer à l’Empire sous forme de nouveaux départements français. Il y a également le duché de Varsovie, confié au fidèle roi de Saxe.
Voir Thierry Lentz, Napoléon : dictionnaire historique, Paris, Perrin, 2020, et Jean Tulard (dir.), L’Europe au temps de Napoléon, Paris, Cerf, 2020.


Napoléon et sa Cour
Gravure parisienne, après 1809

[Napoléon I, Emperor of the French with portraits of his Imperial court], c. 1807
Published « A Paris chez Jean, rue St-Jean de Beauvais n°10. »
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617790

Ce trombinoscope est intéressant puisqu’il donne un aperçu des « hommes de l’Empereur » et des différents cercles de l’entourage de Napoléon. Sa composition nous révèle d’ailleurs que le document est postérieur à 1809 et ne date donc pas d’ « environ 1807 », comme spécifié par la Royal Collection.

Il y a d’abord les hommes de la famille impériale. Ici on retrouve d’abord trois des quatre frères Bonaparte : Joseph (1768-1844, N°2), Louis (1778-1846, N°3) et Jérôme (1784-1860, N°5). Lucien (1775-1840), qui a eu un rôle important dans la prise de pouvoir de Brumaire, est désormais brouillé avec Napoléon et n’est donc pas représenté. Il convient de rappeler qu’il vit en résidence surveillée, sous la « protection » des Anglais, entre 1810 et 1814, d’abord dans le Shropshire, puis dans le Worcestershire. Viennent ensuite les beaux-frères : Joachim Murat (1767-1815, N°6), époux de Caroline (1782-1839) ; Félix Baciocchi (1762-1841, N°9), époux d’Elisa (1777-1820) ; Camille Borghèse (1775-1832, N°10), époux de Pauline (1780-1825). Citons également deux neveux de l’Empereur : Napoléon Louis (1804-1831, N° 4), fils de Louis et d’Hortense de Beauharnais et donc à la fois le neveu de Napoléon Ier et le petit-fils de l’impératrice Joséphine ; Napoléon Achille Murat (1801-1847, N°7), fils de Joachim Murat et Caroline Bonaparte. Sont également présents le fils adoptif de Napoléon, Eugène de Beauharnais (1781-1824, N°8), qui est le fils de Joséphine, ainsi que Charles Frédéric de Bade (1786-1818, N°11), qui est l’époux de Stéphane de Beauharnais (1789-1860), une cousine de Joséphine, adoptée par l’Empereur en 1806 (pour faire accepter le mariage à la famille de Bade). Il est à noter que certains de ces personnages ont reçus la qualité de prince français.

Ce document est également une sorte d’organigramme de la cour impériale. On trouve d’abord les grands dignitaires de l’Empire, institués par la Constitution du 18 mai 1804, qui sont nommés à vie, inamovibles, « jouissent des mêmes honneurs que les princes français et prennent rang immédiatement après eux ». Il y a d’abord six grandes dignités de l’Empire, celles de grand électeur(Joseph Bonaparte, N°2), d’archichancelier de l’Empire (Cambacérès, 1753-1824, N°12), d’archichancelier d’Etat (Eugène de Beauharnais, N°8), d’architrésorier (Lebrun, 1739-1824, N°13), de connétable (Louis Bonaparte, N°3) et de grand amiral (Murat, N°6). Par la suite, sept autres grandes dignités sont créées : en 1807, celle de vice-grand électeur (Talleyrand, 1754-1838, N°14), celle vice-connétable (Berthier, 1753-1815, N°15), celle de vice-grand amiral, non attribuée ; en 1809, celle de gouverneur général des départements au-delà du Rhin (Camille Borghèse, N°10) et celle de grande-duchesse de Toscane (Elisa Bonaparte) ; en 1810, celle de gouverneur général des départements de Hollande (Lebrun également, N°13) et celle de gouverneur général des départements de Rome et du Trasimène, non attribuée.

Après les grands dignitaires de l’Empire, voici les grands officiers de l’Empire. Le document présente d’abord les deux premiers des six grands officiers civils de l’Empire, à savoir le grand maréchal du palais (Duroc, 1772-1813, N°30, qui sera remplacé par Bertrand après sa mort) et le grand écuyer (Caulaincourt, 1773-1827, N°29). Un des grands officiers de l’Empire est également l’un de ses grands dignitaires : il s’agit de Berthier (N°15), qui cumule la dignité de vice-connétable et l’office de grand veneur, ce qui n’est pas précisé ici. C’est également le cas de Talleyrand, qui est grand électeur et grand chambellan, en tout cas jusqu’en 1809. S’agit-il d’une omission sur le document, comme pour Berthier ? Ou a-t-il déjà été remplacé par Montesquiou-Fézensac ? Enfin, le document n’évoque ni le grand maître des cérémonies, Ségur, ni le grand aumonier, qui n’est autre que Joseph Fesch, demi-frère de Madame Mère.

Quant aux grand officiers militaires de l’Empire, il s’agit des fameux maréchaux (mais également les inspecteurs généraux et les colonels généraux). Sur ce point, le document n’est pas très précis. En 1804, Napoléon Ier nomme 14 maréchaux (il peut y en avoir 16 au total). Neuf seulement sont présentés ici : Berthier (N°15), Moncey (1754-1842, N°22), Masséna (1758-1817, N°21), Augereau (1757-1816, N°16), Soult (1769-1851, N°25), Mortier (1768-1835, N°23), Ney (1769-1815, N°24), Davout (1770-1823, N°18) et Bessières (1768-1813, N°17). S’y ajoute Murat (N°6), dont l’office de maréchal de France ne sont pas précisées sur ce document. En revanche, n’apparaissent ici ni Jourdan, ni Bernadotte, ni Brune, ni Lannes : Jourdan est chef-d’état major de Joseph en Espagne, Bernadotte est en train de devenir prince héritier de Suède, Brune est en disgrâce et Lannes est mort le 31 mai 1809 à la bataille d’Esling.
Le 19 mai 1804, l’Empereur désigne également quatre maréchaux sénateurs, qui ne sont pas grands officiers. Deux sont présents ici (Kellermann, 1735-1820, N°19 ; Lefebvre, 1755-1820, N°20) et deux sont absents (Pérignon et Sérurier).
Par la suite, huit nouveaux maréchaux sont créés : Victor (1764-1841, N°26) en 1807, Marmont (1774-1852, N°28), Oudinot (1767-1847, N°31) et Macdonald (1765-1840, N°32), ainsi que Suchet en 1811, Gouvion-Saint-Cyr en 1812, Poniatowski en 1813 et finalement Grouchy, pendant les Cent-Jours, en 1815, mais aucun de ces quatre derniers maréchaux n’apparaissent ici puisqu’ils sont postérieurs au document.

Pour terminer, ce trombinoscope met en avant la nouvelle aristocratie mise en place par l’Empereur, qu’il s’agisse des souverains de sa parentèle ou de la noblesse d’Empire. Parmi les plus proches de Napoléon, il y a :
– quatre rois : Joseph, roi des Espagnes et des Indes, mais qui ne parvient à régner que sur une partie de l’Espagne (N°2) ; Louis, roi de Hollande (N°3) ; Jérôme, roi de Westphalie (N°5) ; Murat, roi de Naples et de Sicile, ou plutôt roi de Naples en fait et roi de Sicile en titre, puisque les Bourbons n’en ont jamais été délogés (N°6),
– un vice-roi : Eugène de Beauharnais, vice-roi d’Italie et prince de Venise (N°8),
– deux princes qui sont également princes français : ses beaux-frères, Félix Baciocchi, prince de Lucques et Piomboni (N°9) et Camille Borghèse, prince et duc de Guastalla (N°10),
– un grand-duc et prince français : son neveu, Napoléon Louis, fils de Louis de Hollande, qui est grand-duc de Berg et Clèves (N°4), où il a remplacé Murat après son départ pour Naples,
– le futur grand-duc souverain de Bade (N°11),
– deux autres princes : Talleyrand, prince de Bénévent (N°14) et Berthier, prince de Neuchatel (N°15),
– dix-sept autres ducs : Cambacérès, duc de Parme (N°12), Lebrun, duc de Plaisance (N°13), Augereau, duc de Castiglione (N°16), Bessières, duc d’Istrie (N°17), Davout, duc d’Auerstaedt (N°18), Kellermann, duc de Valmy (N°19), Lefebvre, duc de Dantzig (N°20), Masséna, duc de Rivoli (N°21), Moncey, duc de Conegliano (N°22), Mortier, duc de Trévise (N°23), Ney, duc d’Elchingen (N°24), Soult, duc de Dalmatie (N°25), Victor, duc de Bellune (N°26), Junot, duc d’Abrantès, qui apparait ici pour la première fois (1771-1813, N°27), Marmont, duc de Raguse (N°28), Caulaincourt, duc de Vicence (N°29) et Duroc, duc de Frioul (N°30). Le document oublie toutefois de préciser que Oudinot est duc de Reggio (N°31) et Macdonald duc de Tarente (N°32), mais peut-être ce document présente-t-il un état des lieux des proches de l’Empereur entre le 12 juillet 1809 (nomination de Marmont, Oudinot et Macdonald comme maréchaux de l’Empire) et le 15 août 1809 (création des titres ducaux d’Oudinot et Macdonald).


Joseph Bonaparte
Gravure d’après une peinture de Robert Lefèvre, vers 1810

D. Joseph Napoleon, roi d’Espagne et des Indes, c. 1808-1813
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617939

Premier des enfants de Carlo-Maria de Buonaparte et de son épouse, Maria Letizia, née Ramolino, Joseph Nabulion Bonaparte voit le jour le 7 janvier 1768. Napoléon le rejoint un an et demi plus tard, le 15 août 1769. Ils grandissent ensemble dans la maison d’Ajaccio, avant de partir pour le collège d’Autun, début 1779. L’aîné y reste quelques années, le cadet à peine quelques mois. Ils se retrouvent en Corse après la mort de leur père. Là, ils commencent à rivaliser pour le rôle de chef de famille. Si Joseph est l’aîné, Napoléon est le plus vif et sans doute déjà un peu tyrannique. S’ensuivent quelques années à s’agiter sur la scène politique locale, notamment dans l’ombre de Pasquale Paoli, revenu de son exil londonien après le vent de liberté qui souffle avec la Révolution. L’épisode se termine mal : Paoli finit par les considérer comme des traitres à la cause corse et les Bonaparte, proscrits, sont contraints à rejoindre le Sud de la France. Le sort de la famille, d’abord incertain et médiocre, va considérablement s’améliorer alors que la destinée de Napoléon commence à s’accomplir.
Le 1er août 1794, Joseph épouse la fortunée Julie Clary (1771-1845), fille d’un riche négociant marseillais. Elle va lui donner deux filles : Zénaïde (1801-1854) et Charlotte (1802-1839). Une première Zénaïde avait brièvement vécue en 1796-1797.
En 1797, il est nommé ambassadeur à Rome, auprès du Saint-Siège, mais l’expérience se termine mal. Il est aussi député aux Cinq-Cents et ses contacts dans la classe politique profitent à Napoléon, notamment au moment du coup d’Etat de brumaire (9 novembre 1799). Pendant le Consulat, il sert souvent de diplomate à son frère, le représentant lors de la négociation de traités avec les Etats-Unis, avec l’Autriche, avec la papauté pour le Concordat, avec l’Angleterre aussi, pour la paix d’Amiens (1802).
En 1804, avec la proclamation de l’Empire, il devient prince français et l’un des grands dignitaires de l’Empire : il est grand électeur, comme nous l’avons vu précédemment. A cela s’ajoutent une très confortable pension et un rôle prépondérant dans l’entourage de l’Empereur. Napoléon pense à lui pour devenir roi d’Italie, mais il refuse, parce que cela implique de renoncer à ses droits sur la succession impériale. Toutefois, le 30 mars 1806, il accepte le trône de Naples. Il tente de lutter contre les Bourbons, réfugiés en Sicile, contre leurs alliés britanniques, et contre leurs soutiens locaux, notamment parmi le petit peuple de Calabre et des Pouilles. Il tente aussi d’appliquer les ordres de son frère. Il tente, enfin, de se faire aimer du peuple, ce qui n’est pas toujours facile, justement à cause de ces ordres fraternels. Il n’aura guère le temps.
En 1808, Napoléon profite d’un embrollo (imbroglio en espagnol !) dynastique pour s’emparer du trône d’Espagne. Lors de l’entrevue de Bayonne (30 avril 1808), l’Empereur règle le sort des deux souverains rivaux, le roi Charles IV et son fils, le roi Ferdinand VII, invités/convoqués en France. Plutôt que de trancher entre eux, il les expédie en exil (Charles IV à Compiègne et Ferdinand VII à Valençay, chez Talleyrand) et attribue Madrid à Joseph, qui cède donc Naples à Joachim Murat, leur beau-frère, époux de Caroline Bonaparte.
Le règne de José Primero est encore plus compliqué que celui de Giuseppe Primo, toujours à cause de Napoléon. Comme Murat à Naples, comme Louis en Hollande, Joseph prétend être un roi à part entière, mais l’Empereur ne le considère que comme un simple fonctionnaire à son service, placé sur le trône du palais d’Orient pour exécuter les décisions prises à Paris. C’est d’autant plus compliqué que la situation militaire dans la péninsule ibérique est catastrophique, du fait de la guérilla menée par les Espagnols, avec le soutien des Anglais. Rappelons que, bien avant Waterloo, c’est en Espagne que le futur duc de Wellington a établi sa gloire.
Joseph et les armées françaises finissent par être chassées d’Espagne. Le 21 juin 1813, el rey intruso passe la frontière et arrive à Saint-Jean-de-Luz : il n’est plus roi qu’en titre. Il perd ce titre le 11 décembre, alors que Napoléon est contraint de rétablir Ferdinand VII. Il faut dire qu’entre temps sont survenues la campagne de Russie et la tragique retraite qui s’en est suivie. Puis vient le temps de la campagne d’Allemagne et de la campagne de France : une bonne partie de l’Europe s’est soulevée contre l’Empereur et marche sur le territoire national. Malgré ses échecs (relatifs) à Naples et à Madrid, son frère lui conserve sa confiance et lui confie la lieutenance générale pendant la campagne de France, mais aussi la protection de Paris, de l’impératrice Marie-Louise et du petit roi de Rome. On connaît la suite : l’abdication, l’exil de Napoléon au large des côtes italiennes, le retour en France, les Cent-Jours, l’abdication encore, l’exil au milieu de l’Atlantique Sud. Et Joseph dans tout ça ? Pendant la Restauration (la première), il vit en exil en Suisse, au château de Prangins, mais rapplique évidemment pendant le vol de l’Aigle. Après Waterloo, il s’enfuie vers l’Ouest et retrouve Napoléon à Rochefort (5-8 juillet 1815). Les frères se voient pour la dernière fois : Joseph parvient à filer en Amérique, tandis que Napoléon préfère se rendre aux Anglais.
Pendant 17 ans, de 1815 à 1832, l’aîné des Bonaparte va jouer la vie d’un richissime particulier aux Etats-Unis d’Amérique. Il s’installe dans le luxueux manoir de Point Breeze, à Bordentown, New Jersey (à 65 km de Philadelphie, au bord du fleuve Delaware). Il le remplit de trésors : précieux mobilier de style Empire, objets d’art et d’art décoratif, tableaux de David, Rubens, Titien, Murillo et même un Léonard de Vinci ! Après la mort de l’Empereur à Sainte-Hélène, le 5 mai 1821, il redevient le chef de famille. Finalement, le 20 juin 1832, il s’embarque sur l’Alexander pour rentrer en Europe et tenter de mettre un peu d’ordre dans une famille un peu turbulente, notamment à cause de ce neveu, Louis-Napoléon, qui deviendra Napoléon III. Il réside le plus souvent à Londres, où il reçoit toutes les personnalités de l’époque, y compris ceux qui avaient conduit à la chute de l’Empire et à la mort de l’Empereur (notamment Wellington).
Après un dernier séjour aux Etats-Unis (1835-1839), il rentre à Londres puis s’installe en Italie. C’est là qu’il meurt, le 28 juillet 1844, dans un palais de Florence, entouré par Julie, qui ne l’avait pas suivi en Amérique, mais aussi par ses frères, Louis et Jérôme. D’abord enterrée à la basilique Santa Croce de Florence, sa dépouille est ramenée aux Invalides en 1862, sur ordre de Napoléon III. Il repose désormais aux côtés de l’Empereur.
Voir Thierry Lentz, Joseph Bonaparte, Paris, Perrin, 2019.


Jérôme Bonaparte
Buste de François-Joseph Bosio, vers 1810
Exposé dans la Lancaster Room, à Clarence House

Jerome Bonaparte, King of Westphalia, c. 1810
François-Joseph Bosio (1768-1845)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN2026

NB : cette courte notice biographique de Jérôme Bonaparte est identique à celle incluse dans le Parcours Napoléon à la Wallace Collection.

Jérôme, le petit dernier des frères, aurait pu mal tourner ! C’est un adolescent turbulent. Alors, Napoléon l’envoie dans la marine pour le calmer. Cela ne le calme pas vraiment. En 1803, il abandonne son commandement dans les Antilles pour filer aux Etats-Unis. Là, encore mineur, il épouse une Américaine, Elizabeth Patterson. L’Empereur, furieux, fait casser l’union par décret, deux ans plus tard, et interdit l’accès du territoire à la jeune femme, qui est enceinte. La souche des Bonaparte-Patterson donnera à l’Amérique un certain Charles-Joseph Bonaparte-Patterson (1851-1920), qui fondera l’ancêtre du FBI pour le président Theodore Roosevelt !
Quant à Jérôme, il est remarié avec une certaine Catherine : un parti nettement plus intéressant, surtout d’un point de vue politique, puisqu’elle est la fille du roi de Wurtemberg. Encore une fois, Napoléon place les membres de sa famille sur l’échiquier européen. D’ailleurs, Jérôme devient lui-même roi de Westphalie quelques jours après son mariage, le 8 juillet 1807. Il conserve son trône pendant plus de 6 ans, implantant plutôt bien en Allemagne les fameuses « masses de granit » voulues par son frère dans l’Empire.
Et puis, comme souvent avec les frères et sœurs de Napoléon, les choses tournent au vinaigre : Jérôme participe à la campagne de Russie, mais il abandonne son commandement et rentre à Cassel, sa capitale. Quand les choses commencent à mal tourner pour Napoléon, il abandonne Cassel pour Paris. Puis, quand elles tournent vraiment mal, il abandonne la France pour Trieste ! Commence alors une vie d’exil, comme tous les Napoléonides, entrecoupée par l’épisode des Cent-Jours. Mais, dans un sens, on peut dire que c’est celui des frères qui a le mieux réussi, puisqu’il est le dernier encore en vie lorsque le Second Empire est proclamé. C’est aussi dans sa descendance que se prolonge, jusqu’à nos jours, la Maison Bonaparte. Il meurt le 24 juin 1860 et est inhumé aux Invalides, aux côtés de Napoléon et de Joseph. Quant à son épouse, la reine Catherine, elle s’est éteinte à Lausanne en 1835 et repose auprès de sa famille, dans la chapelle du château de Ludwigsburg.


Pauline Bonaparte
Coupes sur piédestaux par Odiot, entre 1798 et 1819

Standing Bowl, 1798-1819
Jean-Baptiste-Claude Odiot (1763-1850)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN51069

Ces magnifiques objets d’orfèvrerie ne représentent pas Pauline Bonaparte, comme vous l’aurez compris, mais peut-être une partie de son anatomie. La facture d’Odiot évoque une coupe « formant sein de Vénus ». Un historien de l’art pense qu’ils auraient été dessinées d’après la poitrine de la sœur de Napoléon. C’est en tout cas l’occasion pour nous de parler de cette grande personnalité de l’Empire.
Deuxième des trois filles de Charles et Letizia Bonaparte, elle nait le 20 octobre 1780 à Ajaccio. Lorsque la famille doit fuir les paolistes et s’installer en Provence, Maria Paola francise son nom en Pauline, plutôt qu’en Marie-Paule. Bien sûr, comme ses frères et sœurs, elle profite de l’étoile montante de Napoléon. Pendant la campagne d’Italie, alors qu’il joue au souverain au château de Mombello, près de Milan, il marie sa jeune sœur avec l’un des ses plus fidèles compagnons, le général Charles Victor Emmanuel Leclerc, surnommé « le Bonaparte blond ». Le mariage se tient le 14 juin 1797, en même temps que celui d’Elisa, la sœur aînée, avec un ami Corse du nom de Felix Baciocchi (mariage toléré par Napoléon, mais qui ne répondait pas à ses ambitions grandissantes).
Deux ans plus tard, Leclerc participe au coup d’Etat qui fait de Napoléon le Premier consul. Et puis, en 1801, il part pour une mission périlleuse, avec son épouse, Pauline, et leur fils Dermide. Il s’agit de réprimer la révolte de Toussaint Louverture et de ramener Saint-Domingue dans le giron français. Pauline est prise dans une lutte sans merci entre anciens esclaves et armée coloniale. Cet épisode nous révèle l’une des taches les plus sombres du règne napoléonien : le rétablissement de l’esclavage aux Antilles et la guerre à outrance contre les populations noires des colonies françaises, sujet désormais bien documenté (voir Thierry Lentz et Pierre Branda, Napoléon, l’esclavage et les colonies, Paris, Fayard, 2006). La belle et joyeuse Pauline est très marquée par son séjour aux Caraïbes, puisqu’elle a failli être victime des combats et qu’elle rentre sans son époux, terrassé par la fièvre jaune, le 2 novembre 1802, à l’âge de 30 ans.
L’année suivante, Pauline est mariée avec une autre personnalité, importante pour les manœuvres politique de Bonaparte, Camille, prince Borghèse. C’est un richissime prince romain, issu d’une famille qui a donné un pape et plusieurs cardinaux, et amassé, au fil des siècles, l’une des plus considérables collections d’œuvres d’art en Europe. Lorsque l’Empire est proclamé et que Napoléon devient roi d’Italie, Camille et Pauline sont fait duc et duchesse de Guastalla (c’est avec ce titre que Camille figure sur le document étudié plus haut), mais la sœur préférée de l’Empereur préfère vivre en France, dans l’hôtel Borghèse, à Paris (nous en reparlerons), ou au Petit Trianon, qui lui est attribué. Si Napoléon a beaucoup d’estime et de respect pour l’aînée de ses sœurs, Elisa, dont il fait la première femme fonctionnaire de l’histoire française, en la nommant gouverneur général des départements de Toscane, avec autorité sur les préfets, la police et l’armée, mais il a une affection particulière pour Pauline, qui, à la différence de Caroline, ne fait pas trop d’histoires. Elle est fidèle et loyale à l’Empereur.
Sa fidélité, elle la prouve après la chute de l’Empire, puisqu’elle est la seule membre de la famille, avec Madame Mère, à se rendre sur l’île d’Elbe pour passer du temps avec l’Empereur (il a conservé ce titre). Elle lui cède également une partie de ses précieux bijoux, à utiliser en cas d’urgence. Une partie de ces derniers seront pris par les Prussiens, dans la voiture de l’Empereur, à l’issue de la bataille de Waterloo. Elle ne lui survit pas longtemps puisqu’elle meurt le 9 juin 1825, à Florence, où elle s’était installée avec son époux, le prince Borghèse. Elle est aujourd’hui inhumée dans la chapelle Borghèse de la basilique Sainte-Marie-Majeure de Rome.
Nous avons évoqué l’hôtel que Pauline et Camille occupaient à Paris, dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré, à deux pas du palais de l’Elysée-Napoléon. Ancien hôtel de Charost (il a retrouvé ce nom), il devient la résidence du duc de Wellington, alors qu’il est nommé ambassadeur de Georges III auprès de Louis XVIII, juste après la première abdication. Acquis par le gouvernement britannique, il est depuis la résidence des ambassadeurs du Royaume-Uni à Paris. Puisque Wellington a acheté, en 1814, une partie du mobilier et des objets d’art et d’art décoratif, au nom de son gouvernement, l’hôtel de Charost conserve encore aujourd’hui bien des souvenirs de Pauline, et notamment la copie d’une des sculptures les plus connues d’Antonio Canova, désormais conservée à la galerie Borghèse de Rome, la Vénus victorieuse (Venus Vitrix) ou Vénus Borghèse. Cette statue de Vénus, déesse de l’amour, nue comme il se doit, a la particularité de représenter Pauline ! Celle-ci a toujours eu la réputation de ne pas redouter le scandale, voire de se plaire à le provoquer. C’est peut-être pour cette raison que les coupes « en forme de sein de Vénus » de la Royal Collection sont peut-être un souvenir de la beauté de la sœur préférée de l’Empereur. Voir Jean Nérée Ronfort et Jean-Dominique Augarde, A l’ombre de Pauline : la résidence de l’ambassadeur de Grande-Bretagne à Paris, Paris, Editions du Centre de recherches historiques, 2001).


L’impératrice Joséphine
Portrait gravé attribué à Charles Levachez

Josep.ne Tascher de Lapagerie, c. 1805-1810
Attributed to Charles François Gabriel Levachez (1760-1820)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617813

NB : cette courte notice biographique de l’impératrice Joséphine est identique à celle incluse dans le Parcours Napoléon à la Wallace Collection.

C’est le jeune général Bonaparte qui choisit de renommer Joséphine celle qui est en fait née Marie-Josèphe Rose Tascher de la Pagerie. Elle voit le jour le 23 juin 1763 dans une grande famille de planteurs de la Martinique. Seize ans plus tard, elle se marie, à Paris, avec le rejeton d’une autre famille installée aux Antilles, Alexandre de Beauharnais. Elle lui donne deux enfants, Eugène et Hortense. A la Révolution, le bouillonnant vicomte-soldat se lance en politique, dans le camp des jacobins. En juin 1791, c’est lui qui préside l’assemblée nationale alors que l’on découvre la fuite de la famille royale qui, comme on le sait, se termine piteusement à Varennes. Bien que jacobin (ou parce que jacobin), Alexandre est emporté par la Terreur et guillotiné, tandis que sa jeune épouse est enfermée aux Carmes.
Puis vient le temps de la gloire pour Joséphine, dans les salons et les alcôves des nouveaux dirigeants, Hoche, Tallien et autre Barras. C’est là (dans un salon, d’abord) qu’elle rencontre Napoléon, un petit général corse qui commence à faire parler de lui. Ils se marient le 9 mars 1796, six mois après leur première rencontre. Il est indéniable que l’influence et l’ambition de l’un a profité à l’autre, et inversement. Encore quelques années et Joséphine devient l’épouse du Premier consul, mais surtout la toute première impératrice des Français. Elle est couronnée avec Napoléon Ier, à Notre-Dame de Paris, le 2 décembre 1804. Le fameux tableau de David a contribué à sa légende puisque, comme on le sait, il ne représente pas le pape Pie VII qui couronne Napoléon (il s’est couronné lui-même), mais l’Empereur couronnant Joséphine.
Si l’amour n’est évidemment pas absent de leur relation, le mariage de Napoléon et Joséphine reste éminemment politique. Nous l’avons dit : c’est l’alliance stratégique de deux ambitieux. C’est donc assez logiquement la politique qui emporte leur mariage, à défaut d’emporter leurs sentiments. Puisqu’il a instauré une monarchie héréditaire, l’Empereur souhaite une descendance. Comme cela n’est plus possible avec Joséphine, il lui impose un divorce, ou plutôt une dissolution de leur mariage, puisque le mot divorce n’est jamais utilisé. La cérémonie officielle se tient le 15 décembre 1809, dans le grand cabinet de l’Empereur, au palais des Tuileries. Joséphine conserve son titre d’impératrice et l’amitié de l’Empereur, ainsi qu’une confortable pension et des biens immobiliers de premier choix, comme la Malmaison ou le palais de l’Elysée, qui sera bientôt échangé contre le palais de Laeken, près de Bruxelles. Si elle continue à exercer une certaine influence après le divorce, elle ne survit pas à l’Empire. Elle s’éteint à la Malmaison le 29 mai 1814, quelques semaines après l’abdication de l’Empereur et son départ pour l’île d’Elbe.
Voir Bernard Chevallier et Christophe Pincemaille, L’impératrice Joséphine, Paris, Payot, 2002.


L’impératrice Marie-Louise
Portrait gravé par Antoine Cardon, 1810

Maria Louisa, Empress of France, 1810
Antoine Cardon (1772-1813)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617828

La seconde union de Napoléon est encore plus politique que la première, mais elle n’est pas dénuée de passion, même si son grand amour reste Joséphine. Celle-ci avait participé à son ascension vers le pouvoir. Mais il domine désormais une grande partie de l’Europe et il a donc d’autres objectifs. Il veut créer une dynastie et l’intégrer à ce système traditionnel européen qu’il n’a eu de cesse de bousculer. Les mariages imposés à Jérôme, Pauline ou Stéphanie (de Beauharnais) n’étaient qu’un avant-gout de son triomphe. En épousant Marie-Louise, il devient le gendre du dernier empereur germanique (à qui il a paradoxalement fait perdre ce titre), lui-même véritable héritier de Charlemagne et des Césars. Il est désormais le petit-neveu de Marie-Antoinette et se met à appeler Louis XVI « mon pauvre oncle » !
L’archiduchesse Marie-Louise est née le 12 décembre 1791 au palais de la Hofburg, à Vienne. Elle est la fille ainée de l’archiduc François (voir personnage n°33 dans le Parcours Napoléon dans la Waterloo Chamber), lui-même fils aîné de l’empereur germanique Léopold II. Elle est aussi, par sa mère, la petite-fille de Marie-Caroline de Naples, qui sera l’une des plus farouches ennemies de la famille Bonaparte. A travers eux, elle est deux fois l’arrière-petite-fille de la grande impératrice Marie-Thérèse. Son père monte sur le trône le 1er mars 1792, quelques mois après sa naissance. Elle est alors l’unique enfant du couple impérial : son frère, le futur Ferdinand Ier, ne voit le jour qu’en 1793. Ce père est alors connu sous le nom de François II et il est le souverain du Saint Empire roman germanique. Le 11 août 1804, alors que Marie-Louise n’a que 12 ans, il se proclame François Ier, empereur d’Autriche. Deux ans plus tard, le 12 juillet 1806, Napoléon Ier provoque la dissolution de l’empire millénaire et les Habsbourg perdent la primauté qu’ils avaient sur l’Allemagne. Ce n’est que l’une des nombreuses humiliations imposées à son père par l’ « usurpateur corse ». On imagine à quel point la jeune fille doit le haïr. On imagine également son effroi lorsqu’on lui apprend, en 1810, qu’elle doit l’épouser.
Un premier mariage a lieu à Vienne, par procuration, le 11 mars 1810. Le deuxième, civil, se tient à Saint-Cloud, le 1er avril. Le troisième, religieux, a pour cadre le Salon carré du Louvre, le 2 avril. L’Empereur n’a pas attendu ces vœux renouvelés pour rejoindre le lit de son épouse : dès le soir de leur rencontre, le 27 mars, il honore son épouse au palais de Compiègne, quelques heures après l’arrivée de la jeune fille, âgée, rappelons-le, de 18 ans. Il en a 40.
Un an plus tard, le 20 mars 1811, leur fils vient au monde au palais des Tuileries. Il est titré Prince impérial et roi de Rome. Le bonheur familial est réel : la nouvelle impératrice s’est véritablement attachée à son époux et ce dernier est une sorte de « papa gâteau », bien loin de l’image que l’on peut se faire de lui. Mais ce bonheur familial est de courte durée. L’Empereur des Français est peut-être devenu le gendre de celui d’Autriche, mais son entêtement à vouloir dominer l’Europe et une sorte de paranoïa vis-à-vis des Anglais, le poussent à attaquer le gigantesque empire d’Autriche, qui rechigne à appliquer le Blocus continental aux marchands britanniques. La Campagne de Russie de 1812 est un désastre. La Campagne d’Allemagne de 1813 l’est aussi. La Campagne de France de 1814 est le coup de grâce.
Mais l’Autrichienne, comme sa grand-tante, est devenue farouchement française. Elle est nommée régente, plusieurs fois, lorsque son mari part à la guerre. Elle tente de sauver l’avenir de son fils en soutenant Napoléon et son Empire. Et puis, lorsqu’il abdique, elle essaye de sauver sa vie et celle du roi de Rome en se plaçant sous la protection de son père, François II d’Autriche.
La suite est nettement moins glorieuse. L’impératrice veut s’assurer un avenir et obtient le duché de Parme, où elle règne en souveraine. Elle en oublie quelque peu son fils, qui vit plus ou moins prisonnier à la Hofburg. Metternich ordonne qu’on lui fasse oublier qu’il est l’héritier de Napoléon Ier, en en faisant un archiduc autrichien, titré duc de Reichstadt. Il meurt le 22 juillet 1832, à l’âge de 21 ans. Mais surtout, Marie-Louise a abandonné son mari, qu’elle refuse de suivre à l’île d’Elbe, qu’elle renie pendant les Cent-Jours et, bien sûr, qu’elle ne rejoindra jamais à Sainte-Hélène. Le 8 août 1821, trois mois après la mort de l’Empereur, qui fait d’elle une veuve, elle épouse Adam Albert, comte de Neipperg, un militaire et courtisan autrichien. Ils ont quatre enfants, dont les deux premiers sont nés avant leur mariage. Elle ne s’arrête pas là. Veuve une seconde fois, elle convole en 1834 avec un Lorrain, Charles-René de Bombelles. Elle s’éteint finalement le 17 décembre 1847, dans sa ville de Parme. Elle est inhumée au milieu des Habsbourg, dans la crypte de l’église des capucins de Vienne.


Coffret de nécessaire de l’Empereur
Œuvre de Martin Guillaume Biennais, 1810-1814

Necessaire Case, 1810-1814
Martin Guillaume Biennais (1764-1843)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN61160

Après l’entourage de l’Empereur, évoquons quelques objets familiers de Napoléon Ier désormais conservés dans les collections britanniques. Et puisque nous parlions de ses épouses, commençons par un objet lui aussi intime.
Cette boite ovale, de 35 cm dans sa partie la plus large, est un nécessaire, c’est-à-dire un coffret où est rangé, souvent de manière très savante afin de ne perdre aucune place, tout ce qui est nécessaire à une activité. Il existait des nécessaires de voyage, de toilette, d’écriture, etc. Souvent, d’ailleurs, il s’agissait de nécessaire de toilette, d’écriture, ou autre, pour le voyage ! Il fallait donc faire tenir le maximum d’éléments dans le minimum d’espace. Ce genre d’objets a connu son heure de gloire sous le Premier Empire, notamment grâce au travail de Martin-Guillaume Biennais.
Biennais (1764-1843) est d’abord un tabletier : dans sa boutique de la rue Saint-Honoré, il vent une multitude de petits objets du quotidien, produits dans son atelier. Il peut s’agir de cartes à jouer et de leur étui, de peignes, d’éventails, de montures de lunettes, de peignes, de tabatières et de bien d’autres choses, en bois de diverses essences, en or, en écaille, en nacre, en ivoire… Et puis, après les années noires de la Révolution, il élargit son activité auprès de la nouvelle élite du Directoire et devient ébéniste, produisant des pièces de mobilier de plus en plus luxueuses. Finalement, sous le Consulat, il se fait orfèvre et devient même l’un des fournisseurs officiels de Napoléon, notamment pour les fournitures de la table de l’Empereur. C’est lui, aussi, qui réalise la couronne et le sceptre pour le sacre du 2 décembre 1804.
On ne sait pas à quoi servait ce nécessaire, puisqu’il était vide lorsqu’il est entré dans les collections du Prince Régent en 1819. Toutefois, le décor plutôt féminin (putti portant des cornes d’abondance, guirlande de fleurs, notamment de roses) peut laisser supposer qu’il servait à l’impératrice Marie-Louise. D’ailleurs, son blason figure avec celui de l’Empereur sur la plaque de laiton doré du couvercle. La serrure porte la mention gravée « Biennais Orf.re de LLMM Imp.les et Roy. a Paris ».
Signalons que, dans le cadre de l’Année Napoléon 2021, une exposition est consacrée à Biennais dans son ancienne demeure d’Yerres, l’actuelle Propriété Caillebotte.


Bureau de l’Empereur
Meuble des Frères Jacob, vers 1796-1815
Exposé dans le King’s Drawing Room, au château de Windsor

Writing Table, c. 1796-1815
Jacob Frères
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN29931

Autre grand nom des arts décoratifs français de l’Empire, celui de Jacob, ou plutôt des Jacob.
Georges Jacob (1739-1814) est un menuisier en siège, l’un des plus prolifiques des années qui ont précédé la Révolution. Il a pour clients la reine Marie-Antoinette, Provence et Artois, les frères du roi, et bon nombre de représentants de la haute aristocratie française, sans oublier quelques souverains étrangers. Malgré la protection du peintre Jacques-Louis David pendant la période révolutionnaire, son atelier fait faillite en 1796. Ses fils, Georges II Jacob (1768-1803) et François-Honoré-Georges Jacob-Desmalter (1770-1841) reprennent alors le flambeau sous le nom Jacob Frères. A la mort de l’aîné, le père revient aider le cadet et Jacob Desmalter et Cie est fondée. Précisons que Desmalter vient d’un domaine bourguignon, les Malterres, qui appartenait à la famille. Les Jacob, père et fils, deviennent les ébénistes les plus en vue sous l’Empire, donnant vie aux projets de Percier et Fontaine, Isabey ou Denon. C’est à eux qu’on doit les trônes impériaux, le fameux berceau du roi de Rome, le serre-bijou de Marie-Louise ou encore le mobilier du salon d’Argent encore conservé au palais de l’Elysée.
Ce magnifique bureau en orme et chêne, qui n’est pas daté, ressemble beaucoup aux tables à écrire réalisées pour les différents cabinets de l’Empereur, aux Tuileries, à Saint-Cloud ou ailleurs. Mais, comme il n’est pas tout à fait identique, les conservateurs de la Royal Collection supposent que le Prince Régent l’aurait acquis en pensant qu’il s’agissait d’un meuble ayant appartenu à son ennemi, ce qu’il n’était peut-être pas. Le style est toutefois caractéristique des goûts de Napoléon, avec ses pieds en forme de lion ailé, les boucliers à la romaine latéraux, mais aussi le mécanisme qui permettait de faire glisser le plateau du bureau.
C’est l’un des trésors de mobilier français acquis par le futur Georges IV en 1820, par l’intermédiaire de François Benois, son maître pâtissier français, qui lui servait également d’acheteur dans les salles de ventes parisiennes. Il a longtemps figuré dans l’inventaire du pavillon royal de Brighton, avant de rejoindre les collections du château de Windsor.


La Table des grands capitaines de l’Antiquité
Meuble provenant de la manufacture de Sèvres, 1806-1812
Exposé dans le Blue Drawing Room, au palais de Buckingham

Table of the Great Commanders of Antiquity, 1806-12
Sèvres porcelain factory
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN2634

La Table des grands capitaines de l’Antiquité est considérée comme l’un des meubles les plus précieux des collections royales. Commandée à la manufacture de Sèvres par Napoléon Ier en 1806, elle est terminée six années plus tard, en 1812. Comme on le sait, l’Empereur a guère le temps d’en profiter, puisqu’il est contraint d’abdiquer en 1814, puis à nouveau en 1815. Louis XVIII décide de l’offrir au Prince Régent et le guéridon rejoint donc Carlton House le 3 mai 1817. Elle y occupe une place d’honneur et le futur Georges IV l’admire tellement qu’elle figure sur ses portraits officiels. Elle est désormais exposée dans l’un des salons d’apparat du palais de Buckingham.
Produite à la manufacture impériale de porcelaine de Sèvres (fondée en 1740 par Louis XV, sous l’impulsion de Madame de Pompadour, alors sous le nom de manufacture royale), elle est l’œuvre d’une nuée d’artistes, petites mains ouvrières de la manufacture ou « solistes » de renom, tels les peintres Louis-Bertin Parant et Antoine Béranger, sans oublier le fameux bronzier de l’Empereur, Pierre-Philippe Thomire (1751-1843).
Sur le plateau de porcelaine, les peintres ont représenté les profils de treize grands généraux de l’âge classique, à la manière de camée de sardonyx (un type d’onyx, donc d’agate, dans des tons bruns plutôt que noir). Périclès, Scipion l’Africain, Pompée, Auguste, Septime Sévère, Constantin, Trajan, César, Mithridate, Hannibal, Thémistocle et Miltiade entourent la figure centrale d’Alexandre. Entre le conquérant du monde antique et le cortège des autres commandants, des scènes rappellent quelques-uns de leurs hauts faits. Cette table était bien sûr un outil de propagande pour Napoléon, qui se voulait l’égal des ces illustres généraux.
Signalons qu’un dessin préparatoire conservé dans les archives de la Cité de la Céramique de Sèvres pourrait laisser supposer que le motif du plateau a été conçu par Alexandre Brongniart (1739-1813). Architecte néoclassique, surtout connu pour le palais de la Bourse (actuel palais Brongniart), il était également « auteur de formes et décors » pour la manufacture de Sèvres, dont son fils, le minéralogiste Alexandre Brongniart (1770-1847) fut directeur pendant près de 50 ans.


Les guerres

L’amiral Nelson
Buste de sir Francis Chantrey, 1835
Exposé dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Admiral Nelson (1758-1805), 1835
Sir Francis Chantrey (1781-1841)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN69609


La bataille du Nil (1798)
Tableau de Joseph Cartwright, 1801

The Battle of the Nile, 1801
Joseph Cartwright (c. 1789-1829)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN405398


La bataille de Trafalgar (1805)
Gravure de Thomas Hellyer, 1807

The Battle off Trafalgar, 1 Feb 1807
Thomas Hellyer (active 1797-1807)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN735122


La balle qui a tué Nelson
Exposée dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

The Nelson Bullet, 1805
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN61158


Le duc de Wellington
Buste de sir Francis Chantrey, 1835
Exposé dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Arthur Wellesley, 1st Duke of Wellington (1769-1852), 1835
Sir Francis Chantrey (1781-1841)

Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN35332


Godoy et le début de l’aventure espagnole
Epée et fourniture conçues par la manufacture de Versailles, 1800-1802
Exposées dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Robe sword, scabbard and baldric, 1800-1802
Manufacture de Versailles
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN61169


Joseph en Espagne
Caricature de Thomas Rowlandson, 1808

King Joe and Co., making the most of their time previous to quitting Madrid,
25 – 25 Sep 1808
Thomas Rowlandson (1757-1827)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN810711


La retraite du roi Joseph
Caricature de Thomas Rowlandson, 1808

King Joe’s Retreat from Madrid, 21 Aug 1808
Thomas Rowlandson (1757-1827)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN810700


La bataille de Vittoria (1813)
Tableau de George Jones, 1822

The Battle of Vittoria, 1822
George Jones (1786-1869)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN407186


Le bâton de maréchal de Jourdan
Exposé dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Marshal Jourdan’s Baton and case, 1804
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN61176


La première abdication et l’île d’Elbe

Napoléon à Fontainebleau, le 31 mars 1814
Tableau d’Hippolyte Paul Delaroche, 1846
Exposé dans le salon de Billard, à Osborne House (île de Wight)

Napoleon at Fontainebleau, 31 March 1814, 1846
Hippolyte Paul Delaroche (1797-1856)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN405838


Le départ de l’Empereur
Caricature de Thomas Rowlandson, 1814

The affectionate farewell, or kick for kick, 17 – 17 Apr 1814
Thomas Rowlandson (1757-1827)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN810927


Napoléon à l’île d’Elbe
Caricature de Thomas Rowlandson, 1814

Boney Turned Moralist, 1 May 1814
Thomas Rowlandson (1757-1827)

Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN810932


Waterloo

La bataille de Waterloo (1815)
Tableau de George Jones, 1822

The Battle of Waterloo, 1822
George Jones (1786-1869)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN407187


Le champ de bataille
Plan et vue de Charles Smith, 1815

Plan and View of the Battle of Waterloo, with the Positions of the Troops,
nearly at the moment the Victory was gained […], 12 Aug 1815
Charles Smith (c. 1768-1854)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN735188


Le manteau de l’Empereur

Napoleon’s Cloak (Burnous), 1797 – 1805
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN61156


Le couteau de l’Empereur
Fourni par Martin Guillaume Biennais, 1804-1809

Knife, 1804-1809
Martin Guillaume Biennais (1764–1843)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN48460


La « Bannière de location » des ducs de Wellington
Le drapeau de l’année en cours est exposé
dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Rent banner, 1817 – 2020
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN39445


Le service commémoratif de la bataille de Waterloo
Conçu par Chamberlain & Co., à Worcester, 1816

Battle of Waterloo commemorative plate, 1816
Chamberlain & Co., Worcester
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN10884.7


Le fauteuil de Waterloo
Meuble de Thomas Chippendale le Jeune, vers 1818-1820
Exposé dans la Queen’s Guard Chamber, au château de Windsor

Waterloo Chair, c. 1818-1820
Thomas Chippendale the Younger (1749-1822)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN31593


Le vase de Waterloo
Sculpture de sir Richard Westmacott, 1819-1830
Exposé dans les jardins du palais de Buckingham

The Waterloo Vase, 1819-1830
Sir Richard Westmacott (1775-1856)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN68600


La seconde abdication et Sainte-Hélène

Lettre de reddition de Napoléon

Letter of surrender from Napoleon to the Prince Regent, 13 July 1815
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN452438.d.


Napoléon à Sainte-Hélène
Tableau d’Hippolyte Paul Delaroche, vers 1855-1856

Napoleon at St Helena, c. 1855-1856
Hippolyte Paul Delaroche (1797-1856)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN404876


Les journées de Napoléon
Gravure d’Ackermann, 1816

Napoleon Bonaparte, 1816
R. Ackermann
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN617774


La Légion d’honneur de l’Empereur
Décoration française, vers 1802-1804

Légion d’Honneur – Emperor Napoleon I’s Star,  c. 1802-1814
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN441475


Mémoires

La reine Victoria devant la tombe de Napoléon Ier (1855)
Tableau d’Edward Matthew Ward, 1860

Queen Victoria at the Tomb of Napoleon, 24 August 1855, 1860
Edward Matthew Ward (1816-1879)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN402019

Pendant des siècles, Londres et le Royaume-Uni ont été une terre d’accueil pour les exilés français. Des Huguenots aux Emigrés, des Communards aux Résistants, des Bourbons aux Orléans, des hommes et des femmes de tous les bords et de toutes les convictions ont pu se placer sous la protection des lois britanniques. Si ce refuge ne fut pas accordé à Napoléon Ier après Waterloo, bien des membres de sa famille furent autorisés à séjourner au Royaume-Uni, notamment lorsque leur présence sur le territoire français était interdite.
Le premier d’entre eux, avant même la chute de l’Aigle, fut Lucien Bonaparte, brouillé avec son impérial frère. Mais sa présence à Ludlow et Grimley relève plus de la résidence surveillée que de l’exil franchement volontaire. Il voulait s’établir aux Etats-Unis mais son navire fur arraisonné par la Navy et il fut envoyé en Angleterre.
Après la fin de l’Empire, plusieurs Bonaparte séjournèrent à Londres. On se souvient de Joseph qui revenait des Amériques et était reçu dans la bonne société britannique. On sait aussi que son turbulent neveu, Louis-Napoléon, profite plusieurs fois de la sécurité des lois britanniques, notamment après l’échec du coup de Strasbourg, puis après l’évasion du fort de Ham. C’est depuis Londres qu’il prépare son élection en tant que Président de la Deuxième République. Une fois devenu empereur, sous le nom de Napoléon III, il conserve un attachement particulier pour Londres et le Royaume-Uni, ainsi que pour la reine Victoria et son époux, le prince Albert. Avec Victoria et ses ministres, il accentue le rapprochement entre les deux nations, ébauché par Louis-Philippe, et qui deviendra l’Entente cordiale. Cela s’exprime notamment par une série de visites d’Etats réciproques, notamment celle qui voit venir le couple royal à Paris en août 1855, en marge de l’Exposition universelle. Napoléon et Eugénie vont à Boulogne-sur-Mer pour accueillir Victoria et Albert. C’est, dit-on, la première fois depuis la guerre de Cent-Ans qu’un souverain anglais foulait le sol français ! Logés à Saint-Cloud, ils visitent Versailles et Saint-Germain-en-Laye (où les derniers rois jacobites avaient vécu en exil après la Glorieuse Révolution), le Louvre et les Tuileries, et sont reçus à l’Hôtel de Ville de Paris et à l’Opéra.
Victoria souhaite également se recueillir devant la tombe de Napoléon Ier, geste éminemment politique et diplomatique, qui signifie l’espoir d’une paix prolongée et d’une alliance indéfectible entre les deux pays. La scène se déroule le 25 août 1855, dans la chapelle Saint-Jérôme de l’église royale des Invalides : Napoléon ne rejoindra la crypte que quelques années plus tard. Au centre, on reconnait Napoléon III avec son bicorne à la main, et Victoria avec son châle rose. Derrière se trouvent deux femmes : lady Ely (1821-1890), dame d’honneur de la reine, et la princesse d’Essling (1802-1887), grande-maîtresse de la Maison de l’impératrice, qui représente cette dernière. Puis viennent Auguste Rougevin (1794-1878), architecte en charge des Invalides de 1832 à 1859, le comte d’Ornano (1784-1863), gouverneur des Invalides de 1853 à 1863, le général Sauboul, commandant des Invalides. Entre ces deux derniers personnages, c’est Henry Wellesley (1804-1884), comte Cowley. Ambassadeur du Royaume-Uni à Paris, il n’est autre que le neveu du duc de Wellington, encore un signe de l’apaisement entre les deux pays et les deux dynasties. De l’autre côté, la princesse Mathilde (1820-1904), fille du roi Jérôme (lui-même gouverneur des Invalides à l’époque du Prince-Président) et cousine de Napoléon III, accompagne le prince Albert et les deux aînés, la Princesse Royale (titre attribué à l’aînée des filles d’un souverain britannique) et le prince de Galles, futur Edouard VII, en tenue des Highlands, le bonnet à la main.


Le musée Napoléon de Marlborough House
Photographie de Grove & Boulton, 1912

Napoleonic Room, Marlborough House 1912
Grove & Boulton, 174 Brompton Road, London
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN2102003


Théière de l’Empereur
Fournie par Martin Guillaume Biennais, 1809-1815

Teapot, 1809-1815
Martine Guillaume Biennais (1764–1843)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN48395


Napoléon le Tout-Petit
Miniature anglaise, 1924
Exposée dans la maison de poupée de la reine Mary, au château de Windsor

Napoleon, 1924
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN230708

Si nous qualifions Napoléon de Tout-Petit, en paraphrasant Victor Hugo qui évoquait Napoléon III comme « Napoléon le Petit », c’est que cette statuette mesure à peine 5 centimètres de haut (4,6 pour être précis). C’est l’une des innombrables et minuscules curiosités qui ornent la maison de poupée de la reine Mary (Queen Mary’s Dolls House), véritable trésor des Collections royales exposé au rez-de-chaussée du château de Windsor.
Conçue par le grand architecte sir Edwin Lutyens en 1920, elle fut offerte par la Nation à la reine Mary, épouse de Georges V, comme un témoin d’une ère à jamais révolue, celle d’avant la Grande Guerre. Lutyens fit appel aux plus grands artistes, artisans et industriels de l’époque pour réaliser des objets miniatures (par exemple Rolls-Royce pour les voitures, Otis pour l’ascenseur). La demeure, de 2,59 mètres de long pour 1,49 mètres de large et 1,52 mètres de haut, est à l’échelle « 1 inch » pour « 1 foot ». De la salle à manger au grand salon, en passant par les chambres royales et les nurseries, on découvre une multitude de reproductions lilliputiennes d’objets réels : tableau de Winterhalter, joyaux de la Couronne, bouteille de Montrachet 1889, cheminée d’Inigo Jones, et même du papier toilette dans les salles de bains !
Dans la bibliothèque, 300 livres miniatures occupent les étagères, tous reliés par des ateliers britanniques, certains à partir de microphotographies. Au catalogue, on trouve pêle-mêle trois Bibles et un Coran, des pièces de Shakespeare, des poèmes de Robert Burns, des romans de sir Arthur Conan Doyle, Thomas Hardy, Edith Wharton, un album de timbres, un dictionnaire, des partitions musicales et des livres pour enfants. Les bureaux sont encombrés de coffrets, d’écritoires, de vases, de photographies et de sculptures, notamment celle de l’ennemi historique des Britanniques : Napoléon. Cet objet témoigne d’une nouvelle réalité : plus qu’un ennemi, l’Empereur était devenu un personnage de leur propre histoire, un héros européen qu’il convenait de célébrer.


La Reine Mère devant le vase de Waterloo
Photographie de Cecil Beaton, 1939

Queen Elizabeth The Queen Mother (1900-2002) when Queen Elizabeth,
Buckingham Palace Gardens, 1939
Cecil Beaton (1904-1980)
Royal Collection Trust / © Her Majesty Queen Elizabeth II 2021 / RCIN2315149

Terminons ce Parcours Napoléon dans les collections royales par une image très glamour. Il s’agit d’une photographie de la reine Elisabeth, épouse de Georges VI, devant le Vase de Waterloo que nous avons évoqué plus haut.
Elizabeth Bowes-Lyon, fille du comte écossais de Strathmore et Kinghorne, est née le 4 août 1900. En 1923, elle épouse le duc d’York, deuxième fils du roi Georges V et de la reine Mary. A la faveur de l’abdication de son frère aîné, le roi Edouard VIII, le duc d’York monte sur le trône en 1936, sous le nom de Georges VI. La photographie est prise trois ans plus tard, peu avant la déclenchement de la Seconde guerre mondiale. Elle est signée Cecil Beaton, l’un des plus grands photographes de mode du XXe siècle. Il a réalisé des portraits des plus grandes personnalités du monde, de De Gaulle à Churchill en passant par Picasso et Dali, Marilyn Monroe et Elizabeth Taylor, Balenciaga et Givenchy, Mike Jagger et Jane Birkin, Caroline de Monaco et Ines de la Fressange. Proche de la famille royale, et notamment de la Reine Mère, c’est lui qui fut choisi pour réaliser le portrait official de la reine Elisabeth II, le jour de son couronnement, le 2 juin 1953. Il fut également créateur de costumes pour le théâtre et le cinéma (Gigi, de Vincente Minnelli, 1958 ; My Fair Lady, de George Cukor, 1964).
Ce portrait a quelque chose d’historique. A la veille de cette guerre où les Français et les Britanniques combattirent côte à côte contre les Allemands (nouveau renversement des alliances !), il symbolise cette Entente cordiale si chère à la famille royale, et notamment à cette reine francophone et francophile, disparue plus que centenaire, le 30 mars 2002.


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