# 23 // Horse Guards

Si vous passez par Whitehall et que vous avez un moment à perdre, arrêtez-vous à Horse Guards.
C’est à la fois le nom de la Cavalerie royale et du splendide bâtiment néoclassique qui en est le siège.
La Maison militaire du souverain (Household Division) compte aujourd’hui sept régiments : deux régiments de cavalerie (Horse Guards) et cinq régiments d’infanterie (Foot Guards). Les premiers, ceux qui nous intéressent ici sont les Life Guards (Gardes du Corps) et les Blues and Royals, ce dernier régiment étant né de l’union de deux régiments préexistant. On parle aussi de Household Cavalry (Cavalerie de la Maison militaire). On distingue les cavaliers par leurs uniformes : les Life Guards portent une tunique rouge et un casque à plumet blanc, tandis que les Blues and Royals portent une tunique bleue et un casque à plumet rouge. En hiver, ils ajoutent un lourd manteau pour les protéger du froid : rouge pour les Life Guards, bleu pour les Blues and Royals.
Ces deux régiments se trouvent tout en haut de l’ordre de préséance des forces militaires britanniques et font partie des plus anciens du pays. Les Life Guards, notamment, sont issus d’une troupe constituée par Charles II, alors en exil à Bruges, en 1658. Il s’agissait de gentilshommes, dont certains avaient permis, quelques années plus tôt, l’exfiltration de celui qui était alors le prince héritier, juste avant la victoire finale des armées parlementaires et républicaines de Cromwell et l’exécution de Charles Ier. Le souverain est traditionnellement le colonel-en-chef de ces deux régiments. Leur colonel est actuellement (novembre 2020) Sir Edward Smyth-Osbourne pour les Life Guards et la Princesse Royale (titre officielle de la princesse Anne) pour les Blues and Royals.
On aurait tort de croire que ces cavaliers sont uniquement là pour les touristes : les Horse Guards appartiennent à l’élite de l’armée britannique et ont servis sur tous les fronts, notamment en Irak et en Afghanistan au cours des dernières décennies. Ils forment aussi la garde personnelle du souverain et on leur attribue souvent le surnom de Trusted Guardians. Toutefois, le grand public les connait surtout pour leurs missions protocolaires, qu’il s’agisse d’escorter le souverain pour les grands occasions, comme l’Ouverture solennelle du Parlement (State Opening of Parliament), de participer à la Parade de l’Anniversaire de la Reine (Queen’s Birthday Parade, ou Trooping the Colour, photographie du centre : Major-General Review le 28 mai 2016), ou de monter la garde à Horse Guards.
D’ailleurs, ce n’est pas un hasard si c’est ici, assez loin du palais de Buckingham, que les Horse Guards sont en faction. Cela vous surprendra peut-être, mais Horse Guards est l’entrée officielle des palais royaux. Il faut d’ailleurs se souvenir que le palais de Buckingham n’est que la résidence officielle du souverain à Londres, le siège officiel de la monarchie étant le palais de Saint-James. Lorsque le cortège de la reine se rend au Parlement ou à l’abbaye de Westminster, il ne passe pas par Admiralty Arch et Trafalgar Square, mais par Horse Guards. Quand un chef d’Etat vient en visite d’Etat au Royaume-Uni, il passe lui aussi sous l’arche de Horse Guards, avant d’être accueilli par le souverain sur Horse Guards Parade. Cette arche est d’ailleurs importante : seul le souverain et ses invités sont autorisés à l’emprunter. Il y a bien sûr une tolérance pour les nombreux piétons qui la traversent chaque jour mais, tenez-vous le pour dit, il serait plus respectueux de passer par les arches latérales !
Le bâtiment qui surplombe l’arche est lui-aussi très important. Au temps d’Henri VIII, c’est là que se trouvait son « palais de loisirs », qui renfermait des étuves, un terrain de l’ancêtre du tennis (dont un mur est conservé derrière le Cabinet Office), une arène de combat de coqs (toujours visible) et un immense terrain de joute pour les tournois royaux (aujourd’hui Horse Guards Parade). De l’autre côté de King’s Road, aujourd’hui Whitehall, se trouvait le palais royal. Le palais de Whitehall fut détruit par un incendie en 1698 (sauf Banqueting House), mais les souverains s’étaient déjà installés au palais de Kensington depuis de longues années. En 1745, Georges II demanda à l’architecte William Kent (Chiswick House, Holkham Hall, Stowe House) de concevoir une nouvelle entrée officielle pour les palais royaux, dans le style palladien, alors en vogue en Angleterre. Après sa mort en 1748, c’est son assistant, John Vardy (Spencer House), qui prit en charge les travaux. La cavalerie royale prit possession de l’aile nord du bâtiment en 1755. La Tate Britain, dans la 3e salle du circuit Walk Through British Art, présente deux tableaux du génial Canaletto : comme leurs noms l’indiquent, London : The Old Horse Guards from St James’s Park (vers 1749) et London : the New Horse Guards from St James’s Park (vers 1752-1753), représentent l’ancien bâtiment et le nouveau, dans leur environnement d’alors, bien différent de celui d’aujourd’hui. Une reproduction du premier est visible sur le site internet de la Tate (ici), à la différence du second qui, pour des raisons de droits, n’est visible que dans l’enciente du musée. Pour revenir à Horse Guards, précisions que le bâtiment prit son aspect actuel au début du XIXe siècle, lorsque des étages furent ajoutés sur les ailes basses imaginées par Kent.
Le commandant-en-chef des forces armées britanniques a longtemps eu son bureau au premier étage, du coté de Horse Guards Parade, juste au-dessus des arches. Il fut ainsi occupé par Arthur Wellesley, 1er duc de Wellington, et son bureau (le meuble, photographie du centre : Open House London 2014) occupe toujours le bureau (la pièce), qui est aujourd’hui celui du Major-Général commandant la Maison Militaire, par ailleurs Officier général commandant le District militaire de Londres. C’est par les fenêtres de ce bureau que les membres de la famille royale assistent au Trooping the Colour, en tout cas ceux qui n’y participent pas en tant que colonels des régiments de la garde royale. Sur Horse Guards Parade, se déroule également une partie du cérémonial de la Household Cavalry : tous les jours, à 16h00, un officier inspecte la garde avant que celle-ci ne se retire pour la nuit. C’est la Dismouting Parade (photographie de droite).
En plus des écuries pour 17 chevaux (62 au XVIIIe siècle), le rez-de-chaussée de l’aile nord renferme un excellent musée, le Household Cavalry Museum. Dans une muséographie très moderne, vous trouverez de nombreux artefacts illustrant l’histoire et le fonctionnement des régiments de la cavalerie royale, qu’il s’agisse d’uniformes, de drapeaux, de pièces d’harnachement, de récompenses régimentaires, ainsi que de nombreux souvenirs historiques : de l’argenterie signée Fabergé, la balle qui blessa un soldat à Waterloo ou la touchante lettre envoyée par la Reine Mère à Andrew Parker Bowles après les attentats de Hyde Park et Regent’s Park du 20 juillet 1982, attentats qui coutèrent notamment la vie à quatre soldats et sept chevaux des Blues and Royals. Rappelons qu’Andrew Parker Bowles était alors l’époux de l’actuelle duchesse de Cornouailles et l’Officier commandant de la cavalerie royale. A travers une vitre, vous verrez également les soldats prendre soin des chevaux.
Dernière anecdote concernant le bâtiment : si vous levez les yeux et regardez les horloges qui ornent les façades sur Whitehall et Horse Guards Parade, vous verrez que le chiffre II est drapé de noir. On dit que c’est en souvenir de l’exécution de Charles Ier, le 30 janvier 1649, vers 2 heures de l’après-midi, de l’autre côté de la rue, devant Banqueting House.
Pour revenir à la Household Cavalry, rappelons que seulement quelques cavaliers séjournent à Horse Guards, à tour de rôle. Les autres vivent et travaillent dans la caserne de Knightsbridge (Hyde Park Barracks), située à deux pas de Harrod’s et de l’ambassade de France, ou dans leurs casernes à Windsor ou près de Salisbury.

Retrouvez également trois vidéos des Horse Guards sur la chaîne youtube de la Fondation.

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