# 10 // The New Adelphi

Si vous passez par le Strand et que vous avez un moment à perdre, arrêtez-vous sur John Adam Street.
Avant hier, nous vous avons parlé du nouveau quartier construit entre 1768 et 1772 par les frères Adam. Nous avions expliqué que la plus grande partie de leur projet avait été démolie, pour laisser place à des immeubles plus modernes. C’est bien dommage, puisque, au-delà de sa valeur architecturale, The Adelphi était entré dans l’histoire des arts, en tant que demeure d’illustres écrivains : Sir J. M. Barrie (Peter Pan), Thomas Hardy (Loin de la foule déchaînée, Tess d’Uberville), George Bernard Shaw (Pygmalion). David Garrick, père du théâtre anglais moderne, était également l’un des résidents. C’est là, aussi, que naquit la fameuse London School of Economics and Political Science, l’une des universités les plus prestigieuse au monde (19 prix Nobel, 52 chefs d’Etat dont John Fitzgerald Kennedy et la reine Margrethe II de Danemark, mais aussi quelques personnalités françaises comme Delphine Arnault ou Erik Orsenna). C’est en effet au 9 John Street, Adelphi que furent donnés les premiers cours en octobre 1895, avant de s’installer au 10 Adelphi Terrace.
Etant donné l’intérêt artistique et historique du lieu, il fallut l’intervention du Parlement et même une loi, The Adelphi Act 1933, pour permettre la destruction de The Adelphi et la construction du New Adelphi. Malgré tout, en 1936, la démolition de 24 des demeures géorgiennes conçues par Robert Adam et ses frères suscita un véritable scandale chez les défenseurs du patrimoine.
Leurs héritiers seraient sans doute tout aussi virulents si, aujourd’hui, on menaçait le New Adelphi. Le bâtiment est en effet devenu iconique, l’un des meilleurs exemples du style Art déco à Londres (photographie de gauche). Edifié entre 1936 et 1938, sur les plans de l’architecte Stanley Hamp, du cabinet Colcutt et Hamp, il consiste en un double E (ou un H avec une barre supplémentaire) de béton armé recouvrant une armature de fer. La façade sur la Tamise et quelques autres éléments ont été recouverts de pierre de Portland, le reste étant en briques apparentes. La composition, avec ses décrochements arrondis, notamment au niveau des bow-windows et des fenêtres, est purement Art déco (photographie du milieu).
Le décor sculpté est tout aussi symbolique des années 1930. Sur les façades latérales (Robert Street et Adam Street), des bas-reliefs représentent les signes du zodiaque, l’agriculture, l’industrie, ainsi que les principales villes du pays. Mais ce sont les quatre statues regardant la Tamise qui sont les véritables stars du New Adelphi (photographie de droite). Gilbert Ledward, l’un des plus éminents sculpteurs de l’entre-deux-guerres, fit appel à trois de ses confrères pour réaliser, en 1937, ces quatre allégories : l’Aurore (Dawn, Bainbridge Copnall), la Contemplation (Contemplation, Arthur J Ayres), l’Inspiration (Inspiration, Gilbert Ledward) et la Nuit (Night, Donald Gilbert). Signalons que Ledward est l’auteur du Guards Division Memorial, à St. James’s Park, et Copnall celui des statues qui ornent le RIBA (Royal Institute of British Architects), sur Portland Place, entre Regent’s Street et Regent’s Park.
L’ensemble vient d’être restauré par le studio Aukett Swank, qui a débarrassé l’immeuble des éléments ajoutés au fil des décennies (hormis les deux étages supplémentaires du côté de la Tamise) et rendu son lustre Art déco à cette icone du paysage londonien.

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